Angela Gzowski

Raconter des histoires, une photo à la fois.

Photos — Angela Gzowski

Photographe primée du Nord canadien, Angela Gzowski a grandi à Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest. Elle détient un baccalauréat en photographie du Collège d’art et de design de la Nouvelle-Écosse.

Angela passe autant de temps à fignoler des portraits dans son studio de Yellowknife qu’à rebondir sur le siège de sa motoneige, à -40 °C. Ses activités de photojournalisme l’ont menée un peu partout dans les Territoires du Nord-Ouest, au Nunavut et au Yukon. Ses superbes paysages et ses portraits évocateurs ont entre autres été publiés dans Canadian Geographic, Reader’s Digest, Maclean’s, VICE, Maisonneuve, Up Here, MoneySense, Photo Life et The Coast.

D’où est né ton intérêt pour la photo?

Mon père est arrivé à Yellowknife dans les années 70, où il a lancé Arctic Divers, une entreprise de plongée commerciale. Il a travaillé partout dans l’Arctique canadien, à faire de la plongée sous-marine et de la soudure, principalement sous la glace. Une bonne partie de son boulot consistait à prendre des photos et des vidéos. Or, même en dehors du monde de la plongée, il a toujours eu une passion pour la photographie. Il y avait des appareils partout dans la maison, et je m’y suis intéressée tout naturellement.

Quelle œuvre ou quel photographe a eu la plus grande influence sur toi?

C’est toujours difficile de s’arrêter à un seul artiste. Tant de créateurs ont, chacun à leur façon, contribué à façonner ma pratique. D’emblée, je dirais que le travail de Joey L. est important pour moi. Je trouve ses portraits de voyage époustouflants, et son utilisation de la lumière, incroyable. Autrement, j’adore la luminosité et l’humour des œuvres de John Keatley. Je considère que Irving Penn est le maitre du studio, et du portrait. Brian Adams est aussi l’un de mes préférés; j’aime particulièrement sa série «I Am Inuit».

Quelle est la chose que tu aurais voulu savoir quand tu as commencé à faire de la photo ?

Au début, je me cachais derrière mon appareil, pensant plus aux aspects techniques qu’à l’histoire ou à la personne que je photographiais. Je n’étais pas assez curieuse; je ne posais pas assez de questions. Quand j’ai commencé à être plus consciente de cet aspect fondamental, mon travail a évolué de façon radicale — j’ai aussi beaucoup changé en tant que personne à travers ce processus.

Tu as sillonné le Nord pour y photographier des gens et des lieux. Y a-t-il une aventure en particulier que tu aimes raconter?

Celle de mon voyage à Inuvik, dans les Territoires du Nord-Ouest, en 2016. Après une escale en ville, j’ai rencontré l’éleveur de rennes de la région, Lawrence Amos. Nous avons fait de la motoneige pour aller visiter le troupeau de plus de 3 000 animaux qu’il mène là-bas. Notre plan était d’ailleurs de capturer l’un d’entre eux.

J’ai grandi dans le Nord, alors ma tolérance au froid est assez élevée. Par contre, le trajet d’une heure et demie qui devait nous conduire aux rennes a eu lieu le jour le plus glacial de ma visite — il devait faire -40 °C. J’étais assise à l’arrière du traineau, un peu à l’étroit, avec les genoux qui dépassaient et rien pour les protéger. J’avais l’impression que des couteaux me poignardaient les jambes; je n’ai jamais eu aussi froid.

En plus, je m’étais récemment cassé le poignet en jouant au soccer et j’avais un plâtre au bras droit. Je ne voulais pas rater l’occasion qui se présentait à moi, alors j’essayais de le cacher pour ne pas qu’on me pose de questions. Lawrence a éclaté de rire quand il l’a vu, vers la moitié du voyage, et il m’a prêté ses mitaines en fourrure d’ours polaire. 

La vue était magique quand nous sommes finalement arrivés. Il y avait beaucoup de brouillard. (Lawrence m’a fait savoir que c’est un phénomène nouveau; une conséquence du changement climatique, selon lui.) Un majestueux groupe de rennes errait parmi les arbres couverts de givre. C’était très calme — jusqu’au moment où Lawrence s’est mis à siffler pour attirer l’attention du troupeau.

Pendant que je changeais l’objectif de mon appareil photo, j’ai entendu un coup de feu. Lawrence avait déjà ciblé le renne qu’il voulait. Ce qui est étrange, c’est que le troupeau a à peine réagi quand il a tiré. Les animaux ont continué à faire ce qu’ils faisaient, comme si de rien n’était. Rapidement, Lawrence a drainé le sang du renne. Puis, il m’a montré étape par étape comment le découper. Bien que le voyage ait été quasi insupportable, l’expérience complète, elle, a été féérique, et restera gravée dans ma mémoire pendant longtemps.

Quand tu fais des portraits, que cherches-tu à saisir chez tes sujets?

Une chose que les gens remarquent quand ils me voient prendre des photos, c’est que je me place très près de mes sujets — j’utilise habituellement un objectif 35 mm. Je veux m’intéresser à eux, apprendre à les connaitre, ce qui devient difficile quand il y a une distance physique entre nous. Je m’efforce de créer un lien d’abord, pour ensuite saisir, avec mon appareil, les moments intimes que nous partageons.

Parmi tes œuvres et tes séries, quelle est celle que tu préfères? Pourquoi?

Un des projets qui m’a le plus marquée est celui que j’ai réalisé pour Canadian Geographic, dans la réserve de la biosphère Tsá Tué. Ce site, récemment créé par les Dénés Sahtuto’ine de Déline, est le premier de l’UNESCO à être géré par une communauté autochtone. J’y étais précisément pour documenter sa création, en compagnie de l’autrice et journaliste Laurie Sarkadi.

Je m’étais rendue à Déline à quelques reprises avant ce projet. Or cette fois-là, j’y suis restée une bonne semaine, pour travailler et apprendre à connaitre les gens qui y demeurent. J’ai beaucoup navigué et pêché sur le Grand lac de l’Ours, et je me rappelle encore à quel point l’eau était claire. On voyait très facilement les poissons nager près de nous, tout autour du bateau!

J’ai aussi aimé façonner ma série «Portraits du Pérou», qui a pris forme en 2018, lors de mon voyage dans ce magnifique pays. Il s’agissait d’un projet personnel, ce qui, à mon avis, est très important pour les photographes professionnels — il faut prendre le temps de créer pour et par soi-même. Le processus était très différent de celui de Déline: les images ont été saisies lors de brèves rencontres avec les gens, toujours par l’intermédiaire d’un traducteur. Même si je n’ai pas pu passer énormément de temps avec mes sujets et que le fossé linguistique a rendu la communication plus difficile, je trouve que les portraits révèlent bien la personnalité et l’énergie de chacun d’entre eux.

 

Participes-tu à des initiatives sociales dont tu aimerais nous parler?

Si vous avez déjà passé du temps ici, dans le Nord du Canada, vous avez probablement déjà vu des jeux traditionnels dénés et inuits. Il y en a des centaines, créés à titre de moyens de survie, de loisirs ou encore instaurés pour découvrir qui est le plus fort, de façon ludique et compétitive. Le Cercle sportif autochtone est une organisation qui promeut ces jeux dans l’ensemble des territoires. Au cours des cinq dernières années, j’ai collaboré avec ses membres dans le cadre de plusieurs initiatives et évènements; j’ai travaillé avec eux à peaufiner leur vision et à produire une documentation détaillée de chaque sport, au bénéfice des générations futures. De plus, je donne régulièrement de mes photos pour aider à recueillir des fonds pour l’organisme. Même si j’ai toujours été une enfant plus artistique qu’athlétique, je pense qu’il est important d’offrir une multitude de possibilités aux élèves, que ce soit sur un terrain de jeu, en classe ou dans un studio.

Je travaille aussi étroitement avec Compétences Canada — un organisme sans but lucratif voué à la promotion des carrières en technologie et dans les métiers spécialisés — et l’une de ses organisations membres, Compétences Territoires du Nord-Ouest. J’immortalise leurs évènements, en plus d’enseigner et d’agir en tant que juge lors des compétitions de photo territoriales et provinciales. Beaucoup de petites collectivités des Territoires du Nord-Ouest n’ont pas les ressources nécessaires pour partager ce genre de connaissances avec leurs élèves; c’est donc primordial que ces derniers aient l’occasion de participer à des évènements où ils apprendront auprès de personnes qui partagent leurs idées et intérêts. Tout ça me touche vraiment, car j’ai toujours été plus à l’aise avec un appareil photo ou une perceuse entre les mains que la tête enfouie dans un manuel de biologie. Je veux m’assurer que les jeunes comprennent que les métiers sont tout aussi importants que les parcours universitaires.

Quels sont les trois comptes Instagram qui t’inspirent le plus?

Joey L. est un photographe portraitiste canadien. Si vous aimez les effets de lumière, il faut le découvrir. Je recommande aussi de visionner sa série de vidéos intitulée «Dudes with Cameras», publiée sur son site web — elle s’inspire de ses périples autour du globe.

Women Photograph présente le travail de femmes photojournalistes provenant de partout à travers le monde.

Brian est basé à Anchorage, en Alaska, et il est spécialiste du portrait environnemental. J’adore sa présence sur les médias sociaux. J’ai aussi son livre I Am Inuit sur ma table de chevet!

 

_________________

Où trouver Angela

@angelagzowski / angelagzowski.com /  facebook.com/angelagzowskiphotography

 

Partagez cet article

Ne manquez jamais un numéro

Deux numéros par année

25% de réduction sur les numéros précédents

Livraison gratuite au Canada

Infolettre

Pour recevoir les dernières nouvelles et parutions, abonnez-vous à notre infolettre.

Vous aimerez aussi...
Portrait / Les Besiders

Kalaallisuut

Tisser l’identité groenlandaise.

Les Besiders / Entrevues

UN CERCLE

Des images spectaculaires qui s'inspirent de la plus grande œuvre qui soit: la nature.

Portrait / Les Besiders

Profondeur de champ

En retrait sur sa terre de l’Oregon, Sophia Weiss élève, seule, un troupeau de yaks tibétains. Celle qui a grandi entourée de bouddhistes a développé un lien privilégié avec ses animaux, entre amour et subsistance.