Déménager son studio et sa famille à la campagne

Trouver sa première maison, ce n’est pas de tout repos. Mais pour la jeune famille Bicari, reprendre la propriété de campagne d’un ébéniste aura dressé la charpente d’une nouvelle vie, où s’immisce un peu plus de nature.

TEXTE ET PHOTOS Catherine Bernier

 

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Cet article fait partie du Dossier Histoires de premières maisons.

En tournant sur le rang de la Rivière-Bayonne, une fois passés les supermarchés, les dépanneurs et les restaurants génériques, je découvre un Berthierville paisible, enveloppé de grands arbres. Déjà, je comprends pourquoi Cloé Paradis et David Bicari ont choisi de faire leur vie posturbaine ici, avec leur petite Louise de trois ans et demi et leur chienne, Colette.

Le couple est tombé sous le charme d’une construction de 1972, située à une heure du Montréal vibrant qui l’a propulsé professionnellement — elle comme relationniste de presse, lui comme artiste visuel multidisciplinaire. Si les temps plus sombres de l’ère pandémique ont précipité l’exode de la jeune famille, il faut aussi dire qu’elle était sur le point de perdre son appartement pour reprise de possession par les propriétaires.

Trouver un nouveau nid en pleine flambée immobilière s’est avéré un défi de taille pour les deux travailleur·euse·s autonomes. D’abord, il fallait obtenir un prêt, et ce, en quelques mois. C’est par l’intermédiaire d’une amie, elle aussi artiste, que Cloé et David ont appris l’existence d’un programme d’accès à un prêt pour l’achat d’une première maison à La Caisse de la Culture, une coopérative financière 100 % vouée aux artistes, artisan·e·s, créateur·rice·s, organismes et entreprises culturelles, sous l’égide de Desjardins.

Dix-sept résidences visitées — et un coup de cœur — plus tard, c’était mission accomplie : le couple avait acheté sa première propriété !

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En cette veille d’orages d’été, Cloé, David et Louise m’ouvrent les portes de leur maison unifamiliale, déjà tellement imprégnée de leurs personnalités. Toutes les pièces sont habillées d’un amalgame d’objets d’époque et d’œuvres d’artistes qui nourrissent leur créativité; des passeports d’Expo 67 ayant appartenu aux grands- parents de Cloé; une sculpture futuriste de Junko, un artiste qui redonne vie aux déchets; un album du Wu Tang Clan; un bâton de baseball Louisville Slugger.

Dans le grand solarium repeint en blanc, des instruments de musique — dont un piano laissé par la famille Saint-Jean, ancienne propriétaire de la maison — se mêlent aux jouets de Louise. La première pièce abrite l’espace bureau de Cloé, auparavant consacré au lavage, au repassage et à la couture. Étrangement, le four de la cuisine s’y trouve aussi. Cela fait partie des petits compromis qui viennent avec une maison construite à une autre époque, mais qui n’altèrent en rien son cachet. Au cœur de la demeure construite de plain-pied, on découvre justement le travail de l’ébéniste qui l’a bâtie, feu monsieur Saint-Jean. Du cerisier tardif de première qualité compose les armoires de la cuisine, alors que des poutres de planches pleines en chêne rouge structurent la salle à manger.

Dans le plancher en chêne rouge, on remarque des insertions de goujons de bois de rose — des surplus des bâtons sonores que l’ébéniste fabriquait pour les écoles, aux dires de Stéphane, son fils ainé. Des informations inusitées au sujet de la maison que Cloé et David ont apprises en reprenant contact — de manière tout aussi inusitée — avec lui. « Mes parents m’ont offert une chaise berçante comme cadeau de bienvenue, raconte Cloé. Pour être honnête, au début, j’étais plus ou moins impressionnée… jusqu’à ce que je voie le logo signé “Saint-Jean”. Ce n’était pas n’importe quelle chaise, mais celle fabriquée par les ancien·ne·s propriétaires ! Depuis, Stéphane et moi n’avons pas cessé de nous écrire. »

Dans la salle à manger, un tableau de Charles Turcotte et une table en marbre massif confèrent à l’espace une touche plus actuelle. La salle de bain avec vue sur le petit potager et les deux chambres qui se font face complètent le rez-de-chaussée. Au sous-sol, on retrouve une chambre d’ami·e·s et de multiples espaces de rangement, ce qui permet à David d’utiliser le garage comme atelier. Un univers à part entière, où LeBicar, de son nom d’artiste, transmute ses messages optimistes en fleurs aux tracés uniques, dans des toiles, des sculptures et des illustrations.

Après la visite des lieux, nous nous installons dans le solarium pour discuter. Louise en profite pour cajoler sa Colette.

Vous avez visité bonnombre de maisons avant de tomber en amour avec celle-ci. Qu’est-ce qui vous a charmé·e·s ?

DAVID    On a toujours été attiré·e·s par le design et le style architectural mid-century modern, et aussi par la charpente solide qui vient avec. Dans d’autres maisons d’époque que nous avons visitées, j’avais l’impression d’être un géant dans une maison de poupée. Ici, je sens que tout est suffisamment solide pour accueillir le poids lourd que je suis (rires). J’imagine que le travail de monsieur Saint-Jean et son intérêt pour les matériaux durables y sont pour beaucoup.

CLOÉ    L’arrière-cour qui abrite des arbres matures, dont des noyers, et qui donne sur un champ cultivé où Louise aime jouer. Chaque saison, nous organisons des rassemblements, parfois avec plus d’une soixantaine de personnes. David aime cuisiner pour tout le monde. À notre plus grand bonheur, les gens font la route de Montréal pour nous visiter et restent ici pour la nuit avec leurs enfants.

Quels apprentissages tirez-vous de l’achat de votre première maison?

CLOÉ    De ne pas se contenter de moins, de croire en sa vision et ne pas laisser la pression la faire taire. L’attente en vaut souvent la chandelle. Durant notre processus de recherche, qui a semblé interminable, nous avons parfois essayé de nous convaincre que ce pouvait être LA maison, même si nous n’étions pas 100 % convaincu·e·s au fond de nous. Aujourd’hui, on est si fier·ère·s de s’être écouté·e·s.

Sinon, je dirais de faire l’exercice de regarder des maisons en vente avec son ou sa partenaire, bien avant d’entamer le processus. Ça peut aller tellement vite une fois le pied dans l’engrenage; de ne pas avoir à argumenter sur ses besoins, ses gouts, ses critères — et ceux de l’autre — enlève beaucoup de pression.

Côté financier, notre conseiller nous avait suggéré de commencer à vivre comme si nous avions déjà des paiements d’hypothèque à faire, alors qu’il nous restait encore un an comme locataires. Nous avons pu mettre beaucoup d’argent de côté pour la mise de fonds.

Quels nouveaux projets la maison vous permettra-t-elle de réaliser?

CLOÉ    Je travaille avec David pour développer une boutique de produits dérivés de ses créations, par exemple des bougies, des vêtements et autres objets du quotidien. On a un grand espace au sous-sol pour tenir un inventaire.

DAVID    Notre nouveau milieu a un impact sur mon processus de création. En ville, j’étais plutôt distrait, toujours en train de faire quelque chose avec des ami·e·s (rires). Ici, je suis plus concentré, et je me laisse même inspirer par les couleurs de la nature. Ma dernière série sort pour la première fois de mon univers habituel en noir et blanc.

Comment avez-vous réussi à transformer le garage en atelier ?

DAVID    Je crois qu’un espace de création peut prendre différentes formes, et qu’il y a autant de styles d’ateliers qu’il y a d’artistes. Ça doit rester authentique et personnel à chacun·e. Cela dit, pour transformer le garage en atelier, j’ai fait face à quelques pièges, donc voici mes conseils.

Le premier est de bien penser le rangement domestique et de s’assurer qu’il y a d’autres options que le garage pour les gros outils, les vélos, les pneus d’hiver, etc. C’est vraiment facile de laisser la vocation du garage prendre le dessus. Par exemple, nous avons transformé une partie du sous-sol en établi, et le cabanon en cabane à jardin.

Le deuxième est d’installer un bon éclairage. Ça semble évident, mais souvent, les garages sont sombres! J’ai aussi aménagé l’espace pour travailler les portes ouvertes, quand la météo le permet.

Le troisième et dernier conseil est de répartir le mobilier en stations, selon vos besoins, sans encombrer l’espace. Pour ma part, j’ai pensé celui-ci en deux sections : une sale et une propre. D’un côté, j’ai une table haute pour dessiner, peindre et faire sécher les œuvres. De l’autre côté, j’ai un bureau en L pour le travail à l’ordinateur et les projets d’illustrations, avec un coin salon et une station musique.

Une voiture se gare dans l’entrée : c’est Stéphane Saint-Jean, qui arrive avec un lot de photos d’époque. On y voit sa mère dans l’arche nouée de roses qui sépare le garage et la maison, de même que l’arrière-cour en mode rassemblement familial — un rituel que les Bicari ont pris soin de poursuivre avec leurs grands cercles d’ami·e·s.

Stéphane les invite à visiter l’atelier Saint-Jean, tout près. Dans une pièce, une série de chaises berçantes en fabrication; dans l’autre, des meubles prêts à être livrés pour l’aménagement des boutiques Christian Dior. Stéphane, à l’aube de sa retraite, annonce à Cloé et à David qu’il souhaite vendre l’atelier. Leurs yeux s’illuminent. Qui sait, peut-être cet espace aura-t-il une seconde vie ? À suivre…

Fondé en 1900, Desjardins accompagne ses membres et ses client·e·s dans leur autonomie financière, en mettant l’argent au service du développement humain. Depuis l’été 2023, la coopérative offre le CELIAPP, un nouveau régime enregistré qui permet d’épargner de l’argent à l’abri de l’impôt en vue d’acheter une première habitation. desjardins.com/celiapp 

 

Catherine Bernier est directrice de création, rédactrice et photographe indépendante, ainsi que cofondatrice d’un logis de bord de mer, The Parcelles, destiné à accueillir des artistes en résidence, en Nouvelle-Écosse. L’influence de la nature et de la culture sur les trajectoires humaines demeure au cœur de ses intérêts.

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