Cet article fait partie du Dossier Pollinisation extrême

Chapitre 03

La vérité derrière notre lait d’amande

Aux États-Unis, dans les monocultures d’amandes californiennes, la game se joue à un tout autre niveau. Aucune autre région du monde ne requiert autant de pollinisation — de 1,5 à 2 millions de ruches annuellement. Tendances culinaires et virage santé obligent, notre appétit pour le lait d’amande, la farine d’amande et autres dérivés n’a pas diminué en 20 ans. Un engouement en grande partie conditionné par The Almond Board of California, dont fait partie Blue Diamond, une coopérative de producteurs qui cultive, transforme et met en marché plus de la moitié des récoltes d’amandes californiennes.

«Blue Diamond a mené une excellente campagne marketing aux États-Unis et à l’international», explique Brittney Goorich, spécialiste adjointe du développement coopératif en économie agricole à UC David.

Car ne nous faisons pas d’illusion. Si le bleuet a détrôné la mure ou le sureau comme antioxydant, si l’amande a pris le pas sur la noisette ou la noix de cajou comme alternative végane au lait de vache, c’est que des récoltes devaient trouver preneurs et que des marchés ont été développés.

Résultat: 80% de la production mondiale d’amandes est concentrée dans les Vallées de San Joaquin et de Sacramento. Des producteurs fruitiers et laitiers ont troqué leurs vergers et leurs vaches pour des plantations d’amandes, obtenant ainsi un meilleur profit. Et des arbres continuent encore d’être plantés.

Production de noix et de fruits en Californie

1985 à 2015 (en acres)

1 200 000 1 000 000 800 000 600 000 400 000 200 000 1985 1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 0 Raisin de cuve Noix de grenoble Pistaches Raisins Amandes

Source: Département de l’alimentation et de l’agriculture de Californie, 2015

Parts de marché de la production d’amandes dans le monde

(en tonnes métriques, moyenne de 5 ans)

Source: International Nut & Dried Fruit (INC), 2017/2018 Statistical Yearbook

Ventes annuelles de laits végétaux aux États-Unis

(en millions de dollars)

Source: Nielsen, juillet 2018

«Je ne pense pas que la Californie entière se convertira aux amandes, nuance Brittney Goodrich. Les couts de production augmentent de manière substantielle depuis dix ans en raison du prix exorbitant des terres et de la pénurie d’eau.» Elle ajoute: «La situation se stabilisera éventuellement. Ce n’est qu’une question de temps.» Mais déjà, le paysage est transformé. Les monocultures d’amandiers, aspergées au glyphosate, ont pris le pas sur la biodiversité.

En février, la floraison spectaculaire des amandiers donne le coup d’envoi de la saison pour les apiculteurs. Les colonies sont déplacées à travers les États-Unis, de culture en culture, pour terminer leur voyage au mois de novembre, dans les États du Sud. Là aussi, les abeilles sont en proie aux parasites et aux maladies.

Les vols, comme celui qui s’est produit chez les Labonté, sont récurrents. Certains apiculteurs négocient d’ailleurs à la baisse leur contrat de pollinisation contre une meilleure protection de leurs ruchers dans les plantations.

Des beebrokers font le lien entre les apiculteurs et les producteurs. Une réalité dont les consommateurs sont loin de se douter lorsqu’ils commandent leur matcha latté au lait d’amande.

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