Redonner au cheval sa valeur

Les mustangs — des chevaux sauvages — font partie intégrante de l’histoire de l’Amérique. Pourtant, les débats quant à leur présence sur les terres publiques mettent leur vie en péril. L’organisme Mustangs to the Rescue s’affaire à redorer le blason de cette race emblématique afin de la protéger.

TEXTE Élise Legault

PHOTOS Catherine Bernier

La première fois que j’ai rencontré Kate Beardsley, c’était en Oregon, alors que je participais à la distribution du numéro inaugural de BESIDE. À Bend, où l’équipe et moi nous étions arrêtées, des commerçants nous avaient parlé avec enthousiasme de Mustangs to the Rescue (MTTR), un organisme de réhabilitation de chevaux vulnérables.

Ils nous avaient présenté sa fondatrice, Kate, comme une héroïne locale — si bien que 24 heures plus tard, nous nous trouvions en sa compagnie, sur son ranch, caméras et microphones à la main. La vidéo et les photos intégrées à cet article ont d’ailleurs été réalisées au cours de ce froid après-midi.

J’ai repris des nouvelles de Kate en octobre dernier. Beaucoup de choses ont changé depuis notre visite il y a deux ans, en bien comme en mal : MTTR s’est développé et a déménagé dans un lieu plus adapté à ses besoins, et Donald Trump est devenu président.

Kate a consacré sa vie à l’équitation. Pendant des dizaines d’années, elle a entrainé des chevaux et leurs cavaliers pour bonifier leurs performances. Mais, au fil du temps, ce métier a fini par ne plus correspondre à ses valeurs.

Son malaise était si tenace qu’en 2010, elle a recueilli huit mustangs laissés pour compte. Au printemps, elle les a intégrés dans son convoi, puis, à l’automne, elle leur a trouvé un foyer permanent. Deux ans plus tard, l’organisme Mustangs to the Rescue était officiellement constitué. Kate vit aujourd’hui sur le site et s’occupe de 50 chevaux — une situation rendue possible grâce au soutien local et à une équipe de bénévoles.

Les chevaux secourus sont arrachés à toutes sortes de mauvais pas. Certaines histoires sont particulièrement émouvantes, comme celle de ce propriétaire malade qui ne peut plus répondre aux besoins essentiels de son animal, ni assurer les couts de son entretien. D’autres touchent à un sujet beaucoup plus large : celui de l’achat pour abattage.

C’est donc pour leur assurer un avenir que Kate donne une utilité aux chevaux qu’elle accueille. Elle les aide à retrouver confiance — en eux, en l’autre — et à développer leurs compétences. Cette approche prend certes du temps, mais elle est couronnée de succès : parmi les centaines d’animaux qu’elle a réhabilités, certains sont devenus d’incomparables chevaux de bât; d’autres excellent dans les opérations de recherche et de sauvetage, ou encore dans la détection olfactive, qui aide à retrouver des personnes disparues. Kate n’entraine plus les chevaux pour qu’ils rapportent de l’argent; elle les élève pour qu’ils se rendent utiles à la société.

Bien qu’elle accueille toutes les races de chevaux, la fondatrice de MTTR avoue avoir un faible pour les mustangs.

En 1971, le Congrès américain a adopté le Wild and Free-Roaming Horses and Burros Act afin de protéger ces animaux emblématiques, et de leur permettre de continuer à habiter le territoire. Depuis, la loi n’a jamais cessé d’être contestée. Sous la présidence de Trump, le sort des chevaux sauvages est devenu particulièrement imprévisible.

Après l’appel de l’administration Trump à une réduction draconienne des territoires des monuments nationaux de Bears Ears et de Grand-Staircase Escalante, beaucoup se demandent quoi faire. Alors que notre conversation tire à sa fin, Kate s’interroge : « Comment garder sacré ce qui est sacré ? » Pour elle et son équipe de bénévoles, la réponse se trouve probablement dans le fait de redonner à chaque cheval sa véritable valeur.

Productrice, rédactrice et réalisatrice de podcasts chez BESIDE, Elise Legault est animée du désir de raconter des histoires qui explorent le cœur de notre nature humaine.

Catherine Bernier est rédactrice, photographe et stratège. Originaire de la Gaspésie, elle ne voyage jamais loin de la nature sauvage et de l’océan. Les fins de semaine, son copain et elle s’évadent souvent vers la Nouvelle-Écosse pour y surfer et y rénover leur chalet.

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