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Quand elle est entrée en contact avec le monde agricole, la fleuriste Sarah Ryhanen a décidé de donner un tout nouveau sens à son entreprise — et à sa vie.

Sarah Ryhanen a grandi dans les années 80 à Peekskill, une petite ville de l’État de New York. Son enfance ne laissait pas du tout présager la voie qu’elle emprunterait plus tard.

En effet, avant de fonder Saipua — son entreprise de fleuristerie et de fabrication de savons —, Sarah ne ressentait pas de connexion particulière avec la nature. « Les gens pensent que j’ai grandi sur une ferme, mais ce n’est pas le cas. Quand j’étais jeune, je collectionnais les publicités d’Absolut et je rêvais d’avoir mon permis de conduire! » Son franc-parler est rafraichissant. On a beaucoup écrit sur elle et son entreprise au cours des dix dernières années: on a dit qu’elle avait « inspiré une toute nouvelle génération de designers floraux » et on l’a décrite comme une entrepreneure ayant abandonné son mode de vie urbain pour s’installer sur une ferme. Il serait facile de croire que Sarah sait exactement où elle s’en va, mais, dans les faits, elle donne plutôt l’impression d’être en constante évolution.

Son histoire d’amour avec les fleurs a commencé autour de 2006, alors qu’elle venait de terminer ses études. Avec son conjoint, la jeune femme de 38 ans a décidé de proposer à sa mère de l’aider à lancer sa marque de savon. C’est ainsi que Saipua, « savon » en finnois, est née. Sarah a du mal à décrire l’effet que sa nouvelle passion a eu sur elle — une sorte d’enchantement: « Je n’avais jamais vraiment pensé aux fleurs et, tout d’un coup, je prenais conscience de la joie intense qu’elles m’apportaient. » Elle a commencé à concevoir des arrangements floraux, puis a ouvert un commerce de fleurs et de savons dans le quartier brooklynois de Red Hook. Sa boutique est rapidement devenue un repaire d’esthètes; bientôt, ses créations somptueuses et délicieusement sauvages se sont mises à orner salles de réception de mariages, podiums de défilés de mode et sites d’évènements haut de gamme —, et ce, dans le monde entier.

Quelques années plus tard, en 2011, Sarah a fait l’achat d’une ferme de 43 hectares dans le nord de l’État de New York, à laquelle elle a donné le nom de World’s End (un clin d’œil au roman éponyme de T. C. Boyle). À l’époque, la libre penseuse s’était simplement donné pour objectif de développer son entreprise en cultivant ses propres fleurs. Or, le processus d’adaptation à la vie agricole a fait émerger une nouvelle direction pour Saipua. C’est que Sarah a compris une chose: les gestes simples de la vie, comme cuisiner, décorer ou même désherber, sont aussi des occasions de prendre soin de soi et de créer des liens avec les autres.

« Ce que j’essaie de faire, en gros, c’est de montrer aux gens comment mener une vie qui a du sens. Et j’apprends en même temps qu’eux. Ça semble un peu bizarre quand je le dis à voix haute, mais je crois que c’est ce que je recherche: je veux apprendre à vivre de façon consciente.»

Au cours de la dernière année, Saipua s’est donc écartée du monde de l’évènementiel pour mettre davantage l’accent sur ses programmes éducatifs. L’entreprise offre désormais un éventail de cours, allant de la préparation de conserves de tomates à la fabrication de savon (un atelier donné par Susan, la mère de Sarah). En 2019, Sarah a pris la décision de gérer la ferme avec une équipe exclusivement féminine.

Saipua fait en quelque sorte office de groupe de réflexion sur la vie en communauté. On y évoque de nouvelles perspectives en cherchant à « trouver un équilibre entre le merveilleux et la fantaisie, d’une part, et le sens pratique, le sens du devoir, d’autre part ». Ce sens du devoir s’inscrit dans un raisonnement plus large portant sur les valeurs humaines. « D’une certaine façon, on peut considérer que notre travail est très politique, explique Sarah. C’est ce que je veux faire de ma vie: créer quelque chose en périphérie des normes culturelles capitalistes qui nous gouvernent. Et ça commence par toucher les gens. »

Il est difficile de prédire comment évolueront Saipua et la ferme de World’s End avec le temps. Pour l’instant, Sarah et son équipe éprouvent du plaisir à promouvoir les cycles de vie réparateurs. Parce qu’elles pratiquent une rotation stricte des pâturages, par exemple, les 20 moutons islandais qui vivent sur leur terre ont toujours accès à de l’herbe fraiche, et sont donc en bonne santé. En retour, les animaux fertilisent le sol où sont cultivées plus de 50 variétés de magnifiques fleurs.

L’équipe de la ferme accueille aussi des visiteurs pour un après-midi ou un séjour d’une semaine. Dans cet endroit reculé, ils ont la possibilité de ralentir, d’engager un dialogue constructif les uns avec les autres et de se prêter au jeu de l’observation. « Il y a un truc très simple que je peux enseigner: le cycle de la nature. Les arbres fleurissent au printemps et font des fruits à l’automne. Ce que j’aimerais, c’est que la prochaine fois que ces personnes remarqueront des arbres en fleurs, elles soient capables de s’orienter dans ce cycle, dans ce moment, dans cette saison. Qu’elles aient emporté avec elles un peu de ce que nous leur avons appris. »

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Elise Danielle Legault est une rédactrice, une animatrice et une réalisatrice bilingue. Sa créativité et sa curiosité envers l’autre l’amènent à couvrir des sujets liés à la culture, aux arts et à l’identité.