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Jad Haddad

Pour celui qui voulait devenir photographe de guerre, la photo est une porte d'entrée privilégiée vers des histoires, des gens, des lieux.

PHOTOS Jad Haddad

Jad Haddad est né dans la vallée de la Bekka, au Liban. Après la musique, la photographie, la science politique et l’aide humanitaire, c’est maintenant le voyage à pied qui le transporte partout sur la planète. Directeur de Terres d’Aventure Canada depuis 2013, il veut amener les gens à découvrir les plus beaux paysages du monde par la randonnée, pour faciliter leur contact avec la nature.

 

À quand remonte ton intérêt pour la photographie?

Au secondaire. La première fois que je suis entré dans une chambre noire, ç’a été le coup de foudre. J’avais sauté un cours pour rejoindre un ami dans le studio d’art et communication; c’est lui qui m’a initié à la photo. Je jouais déjà de la musique et, avec la logique d’un ado de 17 ans, je me suis dit que désormais, j’aurais encore plus de chances de rencontrer des filles! C’est à cette époque que j’ai commencé à économiser de l’argent pour m’acheter une Nikon F3. Je l’ai encore, à ce jour.

Maroc, Erg El Ghoul, novembre 2018 «Lorsque le soleil s'abaisse sur les dunes de l'erg El Ghoul, au sud-est du Maroc, le sable prend une teinte ocre. Les ombres ainsi créées sur les dunes leur donnent du relief, ce qui les rend d'autant plus grandioses. Le fait de les sillonner à pied permet de véritablement vivre le désert : on tend l’oreille à ses sons singuliers, on glisse ses mains dans le sable fin et on admire la beauté, partout autour.»

Comment le voyage a-t-il influencé ta photographie, ou vice-versa?

Voyager n’a jamais été un but, mais un moyen de voir ce que je voulais voir. L’appareil photo est devenu un prétexte pour aller dans certains lieux, être témoin de certaines scènes. Il m’a permis de vivre des expériences, d’assouvir ma curiosité. À la base, j’ai commencé à voyager pour monter un portfolio de photojournalisme, parce que je voulais devenir photographe de guerre!Quand on entre quelque part avec un appareil photo, on est plus sensible à la lumière, à l’emplacement des objets, aux gens qu’on rencontre et à l’espace autour de soi. À l’inverse, l’appareil agit aussi comme une sorte de « bouclier psychologique »; on a une certaine distance, tout préoccupé qu’on est par la lecture de la lumière, le focus, la composition de la photo. Ce recul-là m’a d’ailleurs aidé à photographier des scènes plus difficiles au nord de l’Ouganda.

Quel lieu t’a particulièrement marqué?

Zahlé, ma ville natale au Liban. J’y suis retourné la première fois quand j’avais 18 ans. Le fait de photographier le quartier où j’avais passé les cinq premières années de ma vie m’a beaucoup aidé à assimiler ce retour aux sources. Je me suis longuement attardé aux enfants qui jouaient dans les rues. J’avais l’impression de remonter le temps, plusieurs souvenirs me sont revenus. Je me voyais dans ces gamins qui jouaient au soccer et qui faisaient les 400 coups.

Antarctique, Port Lckroy, février 2019
« Port Lockroy, lieu découvert et cartographié par Jean-Baptiste Charcot, se situe sur la petite île Goudier (moins de 1 km de long et de large), entre Flag Point et Lécuyer Point, à l'ouest de la côte de l'île Wiencke, dans l'archipel Palmer. Port Lockroy a déjà fait office de station scientifique et de base des forces armées britannique. La base a été restaurée par la British Antarctic Servey en 1996; elle est maintenant ouverte au public durant l’été austral. »

Quel élément essentiel cherches-tu à saisir dans tes photos?

J’ai toujours été intéressé par le photoreportage. Quand je trouve mon sujet, j’ai souvent le réflexe de vouloir le documenter dans une série de photos, plutôt que de l’immortaliser avec un unique cliché. J’essaye de trouver des angles « honnêtes », j’évite de trop exagérer la situation avec des points de vue dramatiques. J’aime autant la prise de photos que la sélection. C’était encore plus intéressant quand c’était des prints: on les étalait sur une grande table et on jouait avec l’ordre des images pour trouver la meilleure façon de raconter l’histoire. Maintenant, on gère ça avec Lightroom!

Québec, Unamen-Shipu (La Romaine), aout 2019 « Daniel, Innu d’Unamen-Shipu, est guide pour Winipeukut Nature, une organisation touristique locale gérée par la communauté elle-même. Winipeukut Nature planifie des séjours en terre innue, afin de transmettre un savoir-faire et une culture millénaires. En apercevant le homard, Daniel plonge son épuisette dans environ un mètre d’eau et la place derrière le crustacé, qui recule aussitôt dans le filet pour être capturé. En langue innue, on appelle le homard ashatsheu, ce qui veut dire: “qui recule”.»

Qu’aimerais-tu communiquer aux personnes qui regardent tes photos?

J’aimerais piquer leur curiosité et leur donner envie d’approfondir le sujet. L’Antarctique est un bel exemple: oui, l’endroit est magnifique et très photogénique, mais c’est aussi l’un des écosystèmes les plus fragiles au monde. En montrant la beauté d’un tel endroit, on le valorise — et moi, ça me donne d’autant plus envie de le protéger.

Aimerais-tu nous parler d’une cause particulière? D’un organisme qui te tient à cœur?

MSF (Médecins Sans Frontières). Ils font un travail important et difficile, dans les zones les plus dangereuses au monde.

 

Pérou, Moray, juin 2018 « Plus qu’un véritable chef-d’œuvre architectural, les terrasses circulaires de Moray illustrent tout le génie inca. Composant un ingénieux laboratoire agricole, les paliers, à l’allure de gradins, suivent l’inclinaison naturelle du roc. Des pierres habilement placées aux extrémités retiennent la terre qui les forme. Le jour, elles emmagasinent la chaleur, puis la diffusent dans le sol la nuit. Les paliers ne sont séparés que de quelques mètres; pourtant, la température varie significativement de l’un à l’autre. Ici, les Incas ne créaient pas de spectacles, mais des microclimats distincts grâce auxquels ils pouvaient cultiver diverses espèces de végétaux indigènes, dans les meilleures conditions possibles. »

Quels sont les trois comptes Instagram qui t’inspirent le plus?

@magnumphotos
@uncercle
@webb_norrisweeb

 

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Où trouver Jad?

@jad.haddad.mtl / @terresdaventure / www.terdav.ca

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