Petit guide de techno lente

La slow tech pour faire place à la nature et à la créativité en plein confinement.

Texte — Juliette Leblanc

Avant, lorsque nous nous trouvions dans une impasse créative ou émotionnelle, nous pouvions tenter d’en sortir en suivant un mode d’emploi plus ou moins défini — changer notre routine ou apprendre quelque chose de nouveau, par exemple. Mais c’était avant. Avant qu’une pandémie ne vienne chambouler tous les aspects de la vie moderne, qu’une prise de conscience sur les inégalités raciales bouleverse nos certitudes confortables et que nous nous retrouvions à jongler entre séances de travail Zoom, apéros FaceTime et soirées Netflix.

Comment demeurer stimulé·e, comment demeurer positif·ve, des mois après le début d’une pandémie qui ne montre aucun signe d’essoufflement? Ou, plus réalistement: comment nous réconcilier avec l’impossibilité de maintenir un niveau constant de motivation et de productivité, alors que nous nous résignons avec réticence à cette «nouvelle normalité» qui semble être la nôtre à court et moyen terme?

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Selon plusieurs psychologues, le stress que nous vivons actuellement est comparable à celui vécu lors d’un deuil (certains d’entre vous avez peut-être même perdu un être cher durant la pandémie). Le monde a changé, nous savons que c’est temporaire mais ce n’est pas ainsi que nous le ressentons. La perte de la normalité, d’un sentiment de sécurité, de nos liens sociaux; la peur des répercussions économiques; tout cela nous secoue et nous vivons un deuil collectif. Nos existences confinées et la présence quotidienne et constante de la techno ont le potentiel d’être les ingrédients d’un sacré cocktail angoissant alors que le confinement prend des allures du jour de la marmotte.

La Direction régionale de santé publique de Montréal constate que la pandémie de COVID-19 affecte particulièrement les jeunes adultes de la métropole. Elle a récemment publié une étude qui atteste que 62% des Montréalais·e·s âgés de 30 à 49 ans affirment avoir subi une réorganisation considérable de leur travail à la suite de la pandémie. Ce sont 36% des personnes de cette même tranche d’âge qui considèrent que la situation a eu un effet considérable sur leur santé mentale et celle de leur entourage.

Connaissez-vous la slow tech? Les adeptes l’incluent dans le mouvement culturel plus large du slow living, qui met de l’avant une attitude généralement plus lente de type pleine conscience. L’objectif ultime: trouver le bienêtre, mener une vie plus satisfaisante et réduire son empreinte environnementale.

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Une des variantes les plus répandues de ce mouvement d’ode à la lenteur est le slow food, qui promeut une consommation et une préparation plus sensible et réfléchie des aliments. Tout comme la nourriture qui peut être produite et consommée de manière malsaine, les technologies addictives peuvent avoir des conséquences sur la santé.

La techno lente est donc avant tout une démarche, une philosophie qui invite à définir la place qu’occupe la technologie dans nos vies. Elle ne vise pas à écarter les progrès technologiques, mais plutôt à redéfinir les outils appropriés à nos besoins et à ceux de notre société. Comme l’a si justement écrit Jonathan Durand Folco dans notre carnet Écrans verts, «la notion de résonnance pourrait aussi être intégrée au design même des technologies, qui doivent devenir plus humaines et conviviales».

Écrans verts

Une vie à inventer, entre nature et nouvelles technologies

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Quelques idées pour intégrer la slow tech à votre confinement
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Arrêtons de prétendre que notre quotidien est normal. Agir comme si nous pouvions simplement nous adapter à la nouvelle normalité et retrouver nos routines ou nos niveaux de production d’avant lapandémie va simplement empirer nos montagnes russes émotionnelles. Tout a changé! Télétravailler, les yeux constamment rivés à nos écrans, nous pousse à reconfigurer notre routine.

Dans cet esprit:  

1. Aménagez vos espaces — cessons de désigner la table de cuisine comme bureau temporaire — afin de travailler confortablement. Inspirez-vous du design biophilique et entourez-vous de plantes.

Photo: Brina Blum

2. Revisitez votre hygiène numérique. 

  • Faites le tour de vos outils technologiques et installez des applications pour gérer votre temps d’écran. Pensez également à désigner des espaces sans appareils électroniques dans la maison, pour délimiter le temps connecté et déconnecté.
  • Faites le tri de votre contenu numérique. Trouvez une petite heure pour faire le tri de vos infolettres et applications. Et pourquoi pas en profiter pour supprimer les comptes qui nuisent à votre bienêtre? Regarder la nature sur un écran a aussi des effets bénéfiques sur la santé: réduction du stress et baisse du rythme cardiaque, notamment. Candy Crush? Calories numériques vides. Documentaire animalier ou tutoriel d’identification d’étoiles? Beaucoup mieux pour le cerveau (et le moral).
  • Échangez la high tech pour la low tech. Remplacez votre alarme de téléphone par un réel réveille-matin. Consultez un livre de recettes plutôt qu’un blogue de cuisine pour planifier le souper. Mettez le nez dehors avant de consulter une appli météo. Abonnez-vous à un périodique ou à un magazine papier. La liste de possibilités est longue quand il s’agit de faire un peu de place aux articles fait main et aux bons vieux outils analogues (y compris notre instinct et nos souvenirs).
Photo: Nathan Riley

3. Sortez dehors tous les jours!
Marcher dans des espaces verts (ou enneigés) diminue le niveau de cortisol salivaire — et donc le stress. Ceci est dû entre autres à une molécule produite par les arbres: le phytoncide.

4. Entretenez votre réseau social.
Des études ont prouvé que le fait d’avoir le soutien d’amis et de membres de la famille augmente la capacité des gens à traverser les périodes de trauma. Dre Danielle Hairston, psychiatre et professeure adjointe au Collège de médecine de l’Université Howard à Washington, précisait récemment dans une entrevue accordée au New York Times que compter sur ce type de réseau peut nous aider à développer des stratégies d’adaptation pour faire face au stress ambiant. Et si vous commencez à fatiguer des réseaux sociaux et des Zoom, attrapez le bon vieux téléphone ou organisez une discussion de balcon ou une marche de santé avec famille et ami·e·s.

5. Modifiez vos attentes envers vous-même.
À force de regarder les fils de réseaux sociaux, tout le monde s’est lancé dans un nouveau régime, une nouvelle aventure, une nouvelle plateforme, une nouvelle entreprise ou un nouveau sport ces derniers mois. Mais pour ceux et celles qui ont cessé de s’entrainer virtuellement ou de nourrir leur levain chaque jour depuis plusieurs semaines: que reste-t-il à faire? Choisissez-vous UN projet de confinement. Pas un par jour, non non non. Vous voulez enfin lire le grand classique littéraire qui accumule la poussière derrière votre routeur internet? Commencez par vous rendre à la dernière page avant d’envisager de courir un semi-marathon, de faire des brioches maison ou de broder une tapisserie.

Petit exercice de créativité
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Il est prouvé que l’humain se sent plus créatif quand il est seul, loin de la surstimulation constante. Mais l’inspiration, la volonté, le désir d’être créatif naissent également des interactions avec nos pairs. Les divertissements connectés ne font pas autant appel à notre capacité d’imagination que les activités en nature, les visites au musée, la lecture ou la compagnie de gens inspirants. Surtout que la déconnexion mène sans contredit à un sentiment de satisfaction plus grand qui, lui, nous dispose à la créativité. Certes, nos semaines en confinement rayent quelques options de la liste, mais ce sont là des notions à garder en tête.

L’équipe BESIDE vous propose de déconnecter en trois temps (ou niveaux, si vous préférez).

1. Une fois par jour, restez immobile à ne rien faire, pendant cinq minutes.
Soyez silencieux.se, écoutez les sons qui vous entourent ainsi que votre respiration. Remarquez la lumière, les textures et les couleurs. Vous pouvez accomplir cet exercice n’importe où: dans un parc, en nature, dans le salon, sur le balcon à l’air frais. Apprivoisez l’ennui et la rêverie. Soyez pleinement présent.e.

2. Intégrez à votre routine des blocs de temps pour bouger.
Par exemple: trois fois par semaine, prévoyez une heure pour marcher ou faire du vélo, avec ou sans destination précise. En 2014, une étude du Journal of Experimental Psychology a démontré que les gens qui marchent quotidiennement ont davantage de pensées créatives que les autres.

3. Choisissez un verbe d’action (coudre, construire, cuisiner).
Prévoyez, chaque semaine pendant un mois, une journée entière consacrée à l’application de ce verbe: repeignez une pièce, fabriquez une table, rempotez des plantes, etc. Vous constaterez que vous pouvez facilement trouver votre dose de dopamine loin des écrans.

Photo: Kelly Sikkema

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