Petit guide des films d’écohorreur

Le cinéma d’écohorreur montre comment on se sent réellement face à la nature. Et… ce n’est pas beau à voir.

Texte—Jason Anderson

Illustrations—Estée Preda

Les films d’écohorreur terrorisent les cinéphiles depuis que l’étrange créature du lac noir a surgi pour la première fois des profondeurs en 1954 dans Creature from the Black Lagoon. Ou peut-être, de manière plus mémorable encore, depuis qu’une horde de mouettes déchainées a fait exploser une station-service dans The Birds, d’Alfred Hitchcock, près de dix ans plus tard.

Autrefois campé dans le domaine du fantastique et de l’étrange, le genre a évolué au fil des années au point de refléter nos sentiments bien réels de culpabilité et d’anxiété par rapport aux dommages que nous infligeons à la nature, sans compter notre peur des conséquences, que nous anticipons clairement à présent. Considérant le nombre grandissant de films qui exploitent ces craintes, force est d’admettre que notre époque angoissante est un terreau fertile pour le cinéma d’écohorreur. Nous avons répertorié quelques-uns des tropes effroyables qui se dégagent de ce vaste genre à glacer le sang.

Quand les animaux attaquent

Dans le monde réel, la plupart d’entre nous ne craignent pas pour la place de l’humain au sommet de la chaine alimentaire. Malgré tout, de nombreux films tiennent à nous rappeler à quel point nous sommes délicieux. Jaws, la superproduction de 1975 de Steven Spielberg, qui traite d’un village côtier de la Nouvelle-Angleterre aux prises avec un grand requin blanc, a donné lieu à une infinité de cauchemars à propos de ce qui rôde sous la surface de l’eau, en plus d’avoir démonisé injustement une créature marine qui n’est généralement pas friande d’êtres humains. Quoi qu’il en soit, l’influence du mégasuccès de Spielberg ne s’est pas limitée aux nombreuses imitations qui, depuis, peuplent les cinéparcs et diabolisent d’autres espèces animales, comme les épaulards (Orca) ou les abeilles tueuses (The Swarm); le requin mangeur d’hommes continue à faire des victimes dans des films récents comme The Shallows. Et puis, il y a Sharknado, qui, en amenant la terreur des mers loin au-delà du rivage, se révèle à la fois risible et inoubliable. Le film Crawl de 2019 opte pour un traitement plus posé du thème de l’invasion des prédateurs marins — des alligators, cette fois — qui sont transportés par un ouragan de catégorie 5. Bien qu’extravagante, cette prémisse est le résultat direct des dernières nouvelles concernant le changement climatique.

Jaws: Steven Spielberg

La revanche des plantes

Nous prenons nos précautions vis-à-vis de l’herbe à puce et des rosiers épineux, mais nous ne sommes jamais trop prudents quand il est question des dangers de la flore. L’inquiétante adaptation cinématographique de 1962 du roman de science-fiction The Day of the Triffids, de John Wyndham, met en scène un monde ravagé par une espèce de plante carnivore douée de raison, qui atterrit sur Terre par la faute d’une météorite (dans l’original de Wyndham, les coupables sont plutôt des bio-ingénieurs soviétiques). Parmi les autres exemples d’horreur horticole, on compte The Ruins, l’adaptation au grand écran du bestseller de Scott Smith, au sujet de touristes américains menacés par d’anciens lierres grimpants dans un temple maya, et The Happening de M. Night Shyamalan, une histoire tantôt ridicule, tantôt effrayante de plantes qui développent une neurotoxine pernicieuse en guise de vengeance.

The Ruins
The Day of the Triffids

On ne déconne pas avec Mère Nature…

…Parce qu’elle n’endurera pas infiniment nos agressions. Voilà la leçon qu’on retient du thriller The Bay, de Barry Levinson, où des contaminants relâchés par une usine de dessalement près d’une ville côtière du Maryland causent l’apparition d’un parasite aux effets dévastateurs pour ses malheureux hôtes humains. Les expériences génétiques sur les animaux ne donnent pas de bien meilleurs résultats dans Mimic, de Guillermo del Toro, long métrage sur une race de coquerelles biogénétiquement modifiée qui développe un nouvel appétit troublant, ou dans la comédie d’horreur néozélandaise Black Sheep, dans laquelle un monstre on ne peut plus touffu ne craint pas de tacher de sang sa toison.

The Bay
Mimic
Black Sheep

Catastrophes Climatiques

À mesure que la météo devient de plus en plus imprévisible, nous devrons déterminer comment faire face aux défis grandissants. Or, si l’on se fie à Snowpiercer, l’avenir augure mal. Dans le film culte du réalisateur coréen Bong Joon-ho, la terre se retrouve piégée par les glaces à la suite de nos efforts insuffisants pour renverser les changements climatiques. Les seuls survivants vivent à bord d’un train haute vitesse à l’intérieur duquel l’écart entre les riches et les pauvres ne saurait être plus criant.

Snowpierce

D’autres films s’inspirent de notre peur de manquer d’eau au lendemain d’évènements apocalyptiques, par exemple Waterworld (1995), The Day After Tomorrow (2004) et Mad Max: Fury Road (2015). Bien que Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve suive les tribulations du triste «réplicant» incarné par Ryan Gosling, ce n’est qu’un prétexte pour imaginer les répercussions du changement climatique: les arbres sont morts, la terre desséchée est entourée de digues massives pour faire obstacle à la montée du niveau des mers et l’air est si pollué que la majorité des humains non modifiés biologiquement ont fui la planète pour des colonies spatiales.

Waterworld
Mad Max: Fury Road

Et lorsqu’il n’y aura plus de Terre à détruire…

À en juger par notre feuille de route et les conditions dystopiques qui bouleversent actuellement la planète, tout indique que l’humanité répètera les mêmes erreurs au moment de partir en quête d’une nouvelle maison. Silent Running, le classique de science-fiction de 1972 de Douglas Trumbull, imagine un avenir dans lequel toute la végétation de la terre est au bord de l’extinction, ce qui incite nos descendants à préserver ce qu’ils peuvent à bord de vaisseaux semblables à des serres en orbite.

Silent Running

C’est le même genre de tragédie qui pousse les Terriens à prendre le chemin des étoiles dans Avatar et After Earth, dans l’espoir de coloniser et d’exploiter des planètes extraterrestres. Mais comme l’apprennent vite les habitants de ces univers fictionnels, les humains ne seront pas les seuls à se battre pour ces territoires.

Originaire de Calgary et établi à Toronto, Jason Anderson est auteur, conférencier et programmateur pour le Festival international du film de Toronto, le Festival du film canadien de Kingston et le Festival de courts-métrages d’Aspen.

Partagez cet article

Ne manquez jamais un numéro

Deux numéros par année

25% de réduction sur les numéros précédents

Livraison gratuite au Canada

Infolettre

Pour recevoir les dernières nouvelles et parutions, abonnez-vous à notre infolettre.