Photographe documentaire établi à Montréal, Drowster travaille à éradiquer les préjugés en utilisant le pouvoir de la beauté. Il croit sincèrement qu’en montrant un enjeu de société sous un angle attrayant, il peut contribuer à mettre en œuvre de réels changements. Il est particulièrement fasciné par les sujets liés au travail et aux communautés isolées, et s’intéresse à la lutte contre l’islamophobie.
En plus de son travail documentaire en Asie et au Moyen-Orient, Drowster signe des projets de tout genre au Canada, aux États-Unis et en Europe.
D’où vient ton intérêt pour la photo?
Parce que je voulais apprendre à mieux apprécier le moment présent, j’ai commencé à porter attention à la lumière. La trouvant trop belle pour n’être vue que par mes yeux, je l’ai photographiée avec mon téléphone intelligent. Après avoir fait des milliers d’images de cette manière, j’ai tranquillement développé mon style et, neuf ans plus tard, je me retrouve ici.
Quelle œuvre ou quel photographe ont eu la plus grande influence sur toi?
Mon travail est vraiment l’amalgame de celui de ces trois photographes, qui m’ont grandement inspiré: Lewis Hine pour sa vocation sociale, James Nachtwey pour sa composition, et Steve McCurry pour ses couleurs.
Que cherches-tu à capter chez les sujets — ou dans les paysages — qui s’offrent à toi?
Leur magnificence, leur humanité et leur unicité.
Quelle part occupent l’imprévu, le mystère, dans ton travail de photographe?
Mes meilleures images se prennent dans la zone où l’inconfort et le contrôle se chevauchent.
Y a-t-il une histoire ou un lieu photographié qui t’ont particulièrement marqué?
Au début de ma carrière, un ami m’a demandé de prendre en photo son frère atteint d’une maladie dégénérative. Il allait mourir prochainement. C’est dans ce genre de circonstances que la photographie dévoile tout son pouvoir: un médium qui fige le présent, de façon à ce qu’il perdure. J’en ai eu des papillons.
Parle-nous d’une photographie que tu n’as pas pu prendre.
En 2017, à la fin d’un périple de dix mois où j’ai traversé le Moyen-Orient jusqu’en Asie du Sud, j’ai habité avec une famille dans un petit village isolé de l’Himalaya. Un jour, la grand-mère, que je n’avais jamais vue quitter la maison, m’a invité à la suivre. Après une dizaine de minutes de marche, nous nous sommes retrouvé·e·s au chevet de sa sœur mourante. J’ai alors compris que c’était leur dernier au revoir. Ayant trop de respect pour le moment, j’ai gardé mon appareil fermé, malgré la beauté de la scène: une lumière douce entrait par la fenêtre, le sommet des montagnes était visible au loin, pendant que, dans la chambre, des couvertures aux couleurs vives recouvraient la sœur mourante. Je l’ai savourée pleinement avec mes yeux, et si j’avais à le refaire, je ne changerais absolument rien.
Les travailleurs font partie de tes sujets de prédilection. Peux-tu nous expliquer pourquoi?
Depuis mon tout jeune âge, je suis fasciné par la façon dont les humain·e·s décident d’occuper une bonne partie de leur temps sur cette Terre. Certain·e·s choisissent leur travail par vocation, d’autres non; certain·e·s y trouvent leur bonheur, d’autres non. Je vois la planète comme une grosse fourmilière où chacun·e joue un rôle, contribuant au fonctionnement de l’écosystème que forment nos civilisations.
Peux-tu nous expliquer le processus de sélection des projets photographiques qui apparaissent dans ta nouvelle publication, Travailleurs, aux Éditions Cardinal?
À force d’entreprendre de longues marches dans les pays que je visitais et de photographier ce qui piquait ma curiosité, j’ai réalisé qu’une série de portraits de travailleurs se formait petit à petit. J’ai intitulé le projet «The Study of Working Men», et j’ai continué à photographier des hommes au travail, souvent dans la rue, qui exercent des emplois manuels inattendus ou issus de la Révolution industrielle du 19e siècle.
Y a-t-il une cause dont tu aimerais nous parler? Une organisation qui te tient particulièrement à cœur?
Après des rencontres incroyables au Moyen-Orient, ainsi que des lectures portant sur les dynamiques de pouvoir dans la région, je me suis donné comme mission de contribuer à vaincre l’islamophobie. Les musulman·e·s subissent les conséquences des actions d’une infime minorité d’extrémistes, qui nous empêchent de voir la réelle bonté — et l’humanité — de ces peuples. Que ce soit en brisant les stéréotypes à propos des femmes de la région ou en captant les paysages grandioses de ces pays qu’on ignore, j’essaie de les dépeindre d’une manière positive, afin que la haine puisse s’estomper. Je veux juste que tout le monde s’aime.
Sur quoi travailles-tu en ce moment?
Deux nouveaux projets top secret avec les Éditions Cardinal! 🙂
Nomme trois comptes Instagram qui t’inspirent particulièrement.
@gaelleleroyerphotography, @shaynelaverdiere et @theindependentphoto.