Petit guide à l’usage de l’apprenti pêcheur

Quelques astuces pour tout moucheur débutant qui souhaite se jeter à l’eau.

Texte Daviel Lazure Vieira
Photos Hooké

La pêche à la mouche, c’est avant tout une question de passion, selon Fred Campbell de Hooké, mais son exercice demande aussi de s’armer d’une bonne dose de patience: «On doit aimer le calme et prendre conscience de la richesse de l’expérience. C’est une pratique ancestrale.» Voici quelques conseils techniques de base, signés Hooké, qui vous permettront de devenir un moucheur aguerri, aussi à l’aise avec sa canne à pêche qu’un poisson dans l’eau.

La prise

Une sélection des types de poissons et des endroits préférés de Fred où lancer une mouche.

Éthique de la remise à l’eau

Plutôt qu’avec les mains, il est conseillé d’effectuer une remise à l’eau avec une puise faite de mailles sans nœuds qui ne risque pas d’endommager la peau ou les yeux du poisson. Faites attention en le manipulant, évitez de serrer trop fort le pédoncule caudal (queue) ou de mettre vos doigts dans les branchies sous l’opercule, au risque de fragiliser son système respiratoire. Selon la température de l’eau, une exposition de quelques secondes à l’air est acceptable — le temps de prendre une photo de votre prise avant de la relâcher!

L'équipement
Pas besoin de dépenser des milliers pour pratiquer la pêche, mais certains éléments seront indispensables à tout bon moucheur amateur.

- La canne
- Le moulinet
- La soie
- La ligne de réserve et l'avançon
- La mouche
- Les accessoires

Le lancer

Même s’il est préférable d’apprendre à bien lancer la mouche avec l’aide d’un expert, le néophyte peut se débrouiller en respectant quelques étapes importantes.

 

Pour le lancer à une main, placez le pouce sur le dessus de la poignée, serrez fermement, mais pas trop. Commencez avec une courte ligne de six mètres. Lors de la projection, le gros du travail est fait lorsque votre accélération progressive est suivie d’un arrêt brusque à une heure. N’oubliez-pas de marquer une pause pour laisser le temps à la soie de se déployer complètement. Attention à l’usage du poignet : le talon de la canne ne doit pas s’en éloigner de plus d’une quinzaine de degrés.

La règle d’or des pêcheurs

Quand on pêche le saumon d’Atlantique en présence d’autres pêcheurs, il faut respecter la rotation. Le dernier arrivé doit se placer en amont du courant, plus haut que le pêcheur qui le précède. Lorsque le pêcheur a une levée (un poisson qui démontre de l’intérêt pour sa mouche), il peut effectuer quelques lancers supplémentaires, et même se permettre de changer de mouche pour un deuxième essai. Quand un poisson est ferré, les autres pêcheurs doivent retirer leur mouche. Ensuite, peu importe si le poisson est capturé ou perdu, le moucheur doit retourner au début de la rotation, en amont du groupe. Moins qu’une règle, c’est une simple question de bonnes manières : n’oubliez pas de vous renseigner sur les pratiques du coin, et adaptez vos mœurs à celles des rivières où vous pêchez.

Le noeud d’attaque

Un noeud de pêche à la mouche par Colter Co.

Le nouage de la mouche est le rituel que vous serez amenés à pratiquer le plus souvent durant votre partie de pêche. Le nœud d’attaque est une version renforcée d’un style de nœud que votre grand-père vous a peut-être déjà enseigné lorsque vous étiez enfant. Ici, on repasse la pointe du fil dans la plus large boucle, ce qui empêche le nœud de glisser. Humecter les nœuds avant de les serrer améliore aussi grandement leur solidité.

 

Comment faire mouche

En plumes, en poils ou en plastique, il existe des centaines de mouches différentes, et autant de techniques. La taille, la couleur et le modèle dépendent des conditions de pêche : on privilégiera une mouche sombre par temps nuageux, et une mouche claire par beau temps. Pour commencer, nous vous conseillons de faire l’acquisition de deux sèches, une pâle et une foncée, et de cinq noyées différentes dans une large gamme de tailles. Il est aussi important de connaitre quelques termes liés à leur utilisation pour mieux s’y retrouver.

Les mouches noyées plongent sous la surface de l’eau. Pour mettre toutes les chances de votre côté, la mouche noyée doit atteindre une certaine vitesse pour attirer l’attention du prédateur. Trop lente, elle génère chez lui peu d’intérêt et, trop rapide, elle apparait peu convaincante. On utilise la technique du swing : le lancer s’effectue en fonction de la force du courant. Dans un courant lent, on laisse le courant accélérer la vitesse de la ligne, et celle de la mouche. Dans ce cas, on lance à 90˚. Dans un courant rapide, on veut ralentir la mouche, et donc fermer l’angle (30˚ ou moins). En général, on lance avec un angle de 45˚. Si vous n’êtes pas satisfait de votre angle d’attaque, faites un amendement — une modification de la position de la soie sur l’eau juste après l’avoir déposée. On amende vers l’amont pour faire ralentir la mouche, ou vers l’aval pour la faire accélérer.

Les nymphes sont des types de mouches qui imitent l’insecte aquatique du même nom au stade nymphal ou larvaire de son développement, et dont se nourrissent plusieurs espèces de poissons, comme l’omble et la truite. La pêche en nymphe, notamment utilisée pour la truite, s’effectue en projetant la nymphe en amont et en la laissant dériver de la même manière qu’une nymphe naturelle, au gré du courant. Un indicateur de touche peut s’avérer pratique : il s’agit d’un objet servant à détecter les touches qui s’enfoncent dans l’eau quand le poisson mord à l’appât.

Parmi les mouches de surface, les mouches sèches sont conçues pour flotter naturellement à la surface de l’eau comme un insecte volant qui s’y serait déposé ou un éphémère (un insecte doté d’une très courte durée de vie) qui vient d’éclore. En utilisant la technique de la dérive morte, on quadrille l’eau en lançant la mouche à répétition avec des dérives de 5 mètres d’une durée d’environ 3 à 4 secondes qui doivent toutefois rester naturelles.

La technique du stripping est particulièrement efficace pour certaines espèces de prédateurs en lac et en mer. On l’utilise avec des poppers, des mouches flottantes qui imitent des proies blessées à la surface de l’eau. En pêchant avec un popper, on fait travailler la mouche en surface en la ramenant par secousses erratiques. On peut aussi utiliser cette technique avec des streamers qui imitent des petits poissons-appâts et peuvent être lancés en profondeur.

Enfin, la technique du patinage s’effectue avec une mouche sèche lancée à 45˚ , qui dérive en patinant sur la surface de l’eau de façon à décrire un «V», imitant ainsi une proie qui éprouverait de la difficulté à traverser la rivière.

Le retrait de l’ardillon

Pour retirer l’ardillon d’une mouche, il suffit de l’écraser avec une pince. Cette technique facilite le décrochage de l’hameçon, limite le temps de manipulation du poisson, diminue les risques de dommages et permet une remise à l’eau plus efficace.

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Cet article a été publié dans le numéro 01 du magazine BESIDE.

MAGAZINE 01

Cet article a été publié dans le numéro 01.

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