À Hauteur d’homme

Ode au bois, à la beauté qui prend de l’âge et au retour à l’essentiel.

Texte — Marie Charles Pelletier
Photo couverture — Félix Michaud
Photos — À Hauteur d’homme

Les gens derrière les Cabins 

Pour concevoir les Cabins, l’équipe BESIDE a invité des collaborateurs à réfléchir et à imaginer ― autour de longues heures infusées de café et de marches en forêt ― des habitations architecturales qui s’imbriqueraient dans le paysage et qui inciteraient à profiter de la nature. Au cœur de chacune de leurs discussions: le respect de l’environnement et le désir de construire un milieu de vie à la croisée de la culture et de la nature.

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Un jour s’est joint à la table de travail des BESIDE Cabins Louis-Philippe Pratte, le fondateur de la marque montréalaise de design écologique À Hauteur d’homme (Hh). Créée en 2009, Hh est née d’une volonté de fabriquer du mobilier en bois massif québécois en plein cœur du Plateau-Mont-Royal.

Ode à la matière

Son fondateur entretient un rapport particulier avec la matière. Quand il était enfant, son père avait construit un shack dans la forêt. Avec son frère, Louis-Philippe passait des heures à se perdre entre les arbres et à se familiariser avec le bois, une ressource inspirante.

«Le bois incarne une force tranquille. Par son ancrage au sol et sa verticalité, il nous oblige à nous centrer et à être dans le moment présent. C’est un symbole extrêmement fort qui impose le respect.»

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La vie lui aura enseigné dès son jeune âge à faire confiance à ses intuitions. Mouton noir de sa cohorte en design automobile au tournant des années 2000, Louis-Philippe était le seul à intégrer l’environnement à son approche. Au baccalauréat, il a imaginé une voiture de partage baptisée The More Human Car. Aux yeux de GM, le concept semblait très prospectif et plutôt improbable. L’étudiant a pourtant gardé le cap avec son projet de maîtrise en proposant The Kyoto Car, une voiture qui signait l’accord. Quinze ans plus tard, notre regard sur la mobilité a changé, mais pour l’époque, c’était visionnaire.

C’est d’ailleurs son lien viscéral à la nature et au bois qui l’a fait bifurquer vers un autre métier. Alors qu’il accumule les succès, il s’arrête net et décide de consacrer sa vie à un travail qui respecte ses valeurs fondamentales. Il se donne alors le mandat de valoriser les forêts canadiennes en se dévouant à la production de mobilier construit à partir de matériaux solides qui traversent le temps, comme le bois et le métal.

Avec le recul, il est évident que ce passage obligé l’a amené là où il est aujourd’hui. Il admet concevoir ses projets avec l’œil d’un designer industriel plutôt qu’avec celui d’un cuisiniste.

La beauté dans le vécu

Pour les BESIDE Cabins, À Hauteur d’homme a eu le mandat de réfléchir à la cuisine. Pour Louis-Philippe, la cuisine, c’est le cœur d’une maison, là où on passe le plus de temps de qualité. C’est une pièce où le design prend tout son sens.

«La cuisine définit notre style de vie. C’est la pièce dans laquelle il y a le plus d’entrées et de sorties en matière de consommation.»

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Hh s’emploie depuis dix ans à concevoir des cuisines en réduisant la quantité de matière nécessaire tout en misant sur la fonctionnalité et la durabilité. Pour ce faire, il élabore un design sans caisson, soit un grand ilot central tout en métal qui permet d’accueillir plusieurs convives lors de la préparation de repas animés et de discussions qui s’étirent. Le bloc a aussi «un impact du point de vue de l’esthétique» ― il s’impose dans l’espace ―, et une élégance quasi intemporelle qui crée un équilibre avec l’omniprésence du bois. En outre, des grafignes apparaitront avec le temps et témoigneront de son vécu.

Pour Louis-Philippe, l’esthétique est tout, sauf un détail. Elle est partie intégrante de l’expérience et de l’ambiance d’une maison. Au Japon, le mobilier et les objets doivent refléter l’imperfection et l’impermanence de la vie et de la nature. Cette notion nippone de l’esthétique vient du concept wabi-sabi. Une maison pensée dans cet esprit s’incarne dans un ameublement marqué par le passage du temps, dont les matériaux se bonifient avec les années. Ceux-ci développent un caractère propre, comme les rides sur un visage. La tache de vin sur le divan, l’entaille sur le coin de la table, la marque sur le comptoir ― toutes racontent elles aussi une histoire.

Le retour à l’essentiel

On n’arrêtera pas de consommer, mais on peut apprendre à le faire autrement. «Si l’entreprise est un citoyen responsable, elle doit renouveler son discours en proposant des solutions aux gens», pense Louis-Philippe. Il ajoute que le capitalisme doit changer de cap parce qu’on s’enligne collectivement dans un mur et qu’on risque de le frapper encore plus vite qu’on le pense.

«Acheter des meubles cheap, bon marché et fabriqués à l’étranger, ça deviendra bientôt désuet parce que trop déconnecté de notre réalité.»

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Ultimement, il faudra que l’on apprenne à réduire. C’est pourquoi les compagnies comme Hh, qui proposent des options pérennes et accessibles, seront appelées à grandir. Le design a le pouvoir d’agir comme messager parce que les produits que nous consommons sont partie intégrante de notre identité et de notre mode de vie. «Il faut se libérer de nos habitudes si on veut diminuer nos achats. Trouver la mécanique émotionnelle derrière notre consommation et la désapprendre est certainement la clé», conclut celui qui se sert du design comme levier de changement.

Dans tout ce que À Hauteur d’homme crée, l’idée de la réduction est centrale. Elle enseigne à cerner ses véritables besoins, à revenir à l’essentiel, à faire corps avec son environnement, donc avec soi-même.

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Depuis ce printemps, Louis-Philippe et son équipe proposent des consultations privées afin de partager leur méthode de décroissance pour qu’elle soit intégrée en amont de l’élaboration d’un projet. Leur conclusion: la réduction est une manière d’envisager le monde. Apprendre à l’appliquer partout dans sa vie est primordial. Comment? En consommant moins, en consommant mieux.

Pensez au plancher grafigné du chalet parce que personne n’enlève ses bottes, à l’odeur qui y flotte depuis tant d’années et qui ne change pas, au sofa usé qui est passé date, mais dans lequel vous aimez vous lover après une journée passée dehors. Pensons à la valeur que les meubles et les objets prennent avec les années et aux souvenirs qu’ils évoquent. À cette chaise, à ce tapis ou à cette peinture qu’on a pris le soin de choisir et qu’on espère que nos enfants, nos amis aimeront autant que nous. Demandons-nous pourquoi nous ne les changerions pour rien au monde. Peut-être est-ce là où se trouve la réponse pour commencer à vivre autrement.

 

besidecabins.com

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Depuis quelque temps, Louis-Philippe Pratte travaille sur le thème de la réduction pour un livre à paraitre aux Éditions Cardinal à l’automne 2021. Il souhaite utiliser ses compétences en design pour provoquer le changement. Là encore, il espère qu’en créant un bel objet, il pourra inspirer des manières nouvelles de consommer.

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