Semis de légumes 101

Notre rédactrice Juliette nous présente un guide de démarrage de potager urbain pour les débutants et débutantes enthousiastes.

Texte—Juliette Leblanc
Photos—Maxime Aubert-Leblanc et Eliane Cadieux

Avant d’habiter en campagne, je cultivais sur mon balcon d’appartement quelques plants de fines herbes et de tomates à l’allure déprimée, les racines partiellement déterrées par des écureuils. Heureusement, plusieurs années plus tard, j’arrive à faire pousser un grand pourcentage d’aliments frais chez moi pendant la saison chaude. Courage, donc, à tous les tueurs et tueuses en série de plantes!

Photo: Eliane Cadieux

De mars à mai, je prépare de nombreux semis pour notre potager. Je sélectionne les variétés de légumes avec une passion qui frise l’obsession (mon copain doit gentiment me rappeler que nous n’avons pas suffisamment d’espace pour douze cultivars d’aubergines).

En ce moment, l’avancée du printemps — entre deux averses apocalyptiques de pluie ou de neige — occupe la majeure partie de mon attention. Avant mon premier café, je suis à genoux dans le jardin, à la recherche frénétique des bulbes d’ail, des feuilles d’oseille, des pousses de houblon et des plants de rhubarbe.

Observer la nature suivre son cours a quelque chose de rassurant, dans un contexte où tout semble foutre le camp. Les plantes ignorent les pandémies et les tragédies qui rythment actuellement notre quotidien. Les plantes requièrent de l’attention, loin des médias, des chiffres et des tutoriels de crossfit.

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Photo: Eliane Cadieux

Je vous propose donc un petit guide de semis (pour débutants et débutantes) qui s’adresse à ceux et à celles qui ont accès à une cour arrière ou à un balcon et à qui l’envie démange de faire pousser des légumes en temps de confinement.

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Avant de commencer: les cinq commandements des semis pour novices

  1. Tu prendras note de la lumière naturelle dans ta maison.
  2. Tu connaitras le niveau d’ensoleillement de ton balcon ou de ton futur potager.  
  3. Tu n’ignoreras point les directives du semencier, parfois spécifiques à chaque variété. 
  4. Tu porteras attention aux besoins évolutifs de tes semis. 
  5. Tu ne planteras pas cinq plants de courgettes si tu habites en solo, parce que tu devras cuisiner des gâteaux aux zucchinis à offrir à tous tes voisins et voisines.

Choisir ses semences

Pour commencer, il est impératif de choisir ses semences en fonction du temps de l’année. Fin avril ou début mai (au moment où vous lirez ces lignes) est un peu tard pour entreprendre des semis de tomates, d’aubergines, de piments, de poivrons ou d’ognons. Pour ces légumes, il sera préférable de se procurer les plants directement dans les marchés publics ou les pépinières, un peu plus tard dans la saison.

Toutefois, il est encore temps de semer, aussi bien en semis intérieurs qu’en semis extérieurs: chou, concombre, épinards, laitue, roquette, melon, bette à carde, haricots, rutabaga ou citrouille. Les fines herbes (aneth, coriandre et basilic sont des choix surs) et certaines fleurs médicinales pourront également être semées sous peu.

Songez aussi à l’espace disponible pour accueillir ces futurs légumes. Des espèces qui s’étalent sur de grandes surfaces (comme les citrouilles ou les melons) ne sont pas indiquées pour un potager de balcon. Un aménagement intelligent vous permettra de cultiver une belle diversité dans un espace réduit!

Pour un balcon typiquement montréalais et simplissime, optez pour une belle sélection de fines herbes, de la verdure variée et des haricots grimpants, qui ne requièrent pas beaucoup d’espace.

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Depuis quelque temps, les espèces patrimoniales refont surface et il est très intéressant d’en inclure dans son potager. J’ai donc écrit à Gabrielle Rochon-Sabourin, directrice des semences aux Jardins de l’Écoumène, afin qu’elle me propose trois variétés patrimoniales à utiliser cette année, et dont elle m’a raconté la petite histoire:

Haricot Grand-maman Dinel

«En 1907, Maximilienne Corbeil Dinel a reçu en cadeau de mariage un sachet de haricots qu’elle appelait «ses rameuses». Elle les cultivait toujours à l’âge de 94 ans. Sa petite fille, Judith David, est entrée en contact avec nous en 2008 avec l’espoir de nous confier les précieuses graines de haricots de sa grand-mère pour qu’elles ne tombent pas dans l’oubli! Des recherches ont été entreprises pour identifier cette plante comestible, ou du moins retrouver ses origines, mais n’ont toujours pas donné de résultat concluant. C’est pourquoi elle porte celui de Grand-maman Dinel en l’honneur de celle qui les a préservées pendant toutes ces années.»

Rutabaga Fortin  

«Cette variété patrimoniale a été cultivée par la famille Fortin de Cap-Saint-Ignace au Québec. Probablement au cours des années 90 (la date exacte est inconnue), Catherine Fortin a offert des semences de ce rutabaga à Antoine d’Avignon, semencier chevronné et passionné de variétés patrimoniales. Les graines ont été introduites via son organisme [Le Programme semencier du patrimoine Canada].»

Concombre Tante Alice

«Véritable trésor du patrimoine potager québécois, on doit la sélection de ce concombre productif à dame Marie-Alice Laflamme Gosselin du comté de Dorchester, qui cultivait toujours ses fameux concombres à l’âge de 90 ans. Après avoir fait tremper les graines de «ses bons gros concombres» toute une nuit dans du lait, notre jardinière émérite les plantait sur une butte de terre bien riche le 13 juin à la Saint-Antoine.»

Photo: Eliane Cadieux

— Préparer son matériel—

Il existe des ensembles complets de démarrage de semis offerts en pépinière, incluant parfois tapis chauffants et néons, mais vous pouvez très souvent vous débrouiller sans.

Comme matériel de base, vous aurez besoin de:

Terreau à semis — On le trouve en jardinerie, dans les grandes surfaces de bricolage et autres magasins spécialisés. Généralement composée de tourbe, de perlite et/ou de vermiculite et de sable, la granulométrie de ce terreau est fine et parfaitement adaptée aux semis.

Contenants — Vous n’avez pas de caissettes à semis sous la main? Fouillez dans votre bac à recyclage! Si vous utilisez des pots de yogourt (propres, évidemment) ou autres contenants de ce type, veillez à percer des trous au fond afin d’assurer un bon drainage. Je n’ai personnellement jamais utilisé de cartons d’œufs, mais j’ai des amis qui ne jurent que par eux.

Un truc: si vous souhaitez semer des cucurbitacées (courge, melons, concombres), vous pouvez privilégier des pots individuels un peu plus grands que les habituelles caissettes divisées en petites cellules. Cela vous évitera de devoir repiquer plusieurs fois ces plantes aux racines fragiles. 

Plateaux d’égouttage — Souvent, les plateaux d’égouttage en vente dans les jardineries sont assortis d’un dôme en plastique, mais vous pouvez également vous servir d’une soucoupe de plastique destinée aux plantes en pot en guise de plateau et d’un sac ou d’une pellicule de plastique perforée qui imitera le dôme.

À noter, selon Gabrielle: «Au moment de la germination, il peut être pertinent de recouvrir ses plateaux ou ses pots d’un dôme afin de conserver l’humidité et la chaleur adéquates. Notez bien que le dôme n’est pertinent que pour la germination. Il peut nuire au développement des pousses en favorisant l’accumulation d’humidité. Il faut donc prendre bien soin de le retirer lorsque les plantules apparaissent.»

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Au sujet des tapis chauffants et néons 

Certaines espèces sont plus capricieuses et requièrent un tapis chauffant ou des néons. Pour éviter d’en utiliser, Gabrielle conseille de prioriser les espèces qui se sèment plus tard en saison — comme les exemples évoqués plus haut (voir: Choisir ses semences) — afin de les faire profiter d’une période d’ensoleillement naturel plus longue.

Au sujet des ruptures de stock

L’engouement pour le jardinage en temps de confinement a créé des ruptures de stock chez de nombreux semenciers. Toutefois, il existe des petits producteurs de semences partout au Québec et en Amérique du Nord, qui proposent des variétés ancestrales ou différentes de celles offertes en quincaillerie ou en pépinière commerciale. Renseignez-vous — c’est le moment idéal d’encourager ces entreprises!

Faire ses semis en 5 étapes faciles

1. Préparez votre terreau à semis. Dans un grand contenant hermétique (un bac en plastique ou un grand bol, par exemple), humidifiez-le de manière à pouvoir former dans votre main une boulette qui se tient bien, sans toutefois être détrempée.

Photo: Maxime Aubert-Leblanc

2. Remplissez vos contenants de ce mélange humide.

Photo: Maxime Aubert-Leblanc

3. Répartissez vos semences selon les instructions affichées sur le sachet: règle générale, elles doivent être recouvertes d’une épaisseur de terreau correspondant à environ deux fois leur grosseur. Comptez une graine par division/contenant, ou davantage si vous souhaitez faire le tri entre les pousses qui sont apparues pour ne garder que les plus fortes.

Photo: Maxime Aubert-Leblanc

4. Arrosez. Une astuce: afin d’éviter la propagation de moisissure, de noyer vos pousses fragiles et de compacter le terreau, arrosez plutôt vos semis en versant l’eau directement dans le plateau d’égouttage. Vous pouvez aussi vous procurer un petit vaporisateur pour les humecter. Vos semences ont besoin d’eau pour germer, vous devez donc vous assurer que la terre est toujours humide.

Photo: Maxime Aubert-Leblanc

5. Déposez vos plateaux près d’une fenêtre (si vous n’avez pas de néons) où il y a  beaucoup de lumière naturelle. Une exposition au sud est idéale.

Photo: Maxime Aubert-Leblanc

Attendez que vos plantules aient germé et atteint la bonne hauteur avant de repiquer celles qui en ont besoin ou de transplanter au jardin celles qui sont prêtes. Certains légumes exigent plus de temps à l’intérieur et d’autres, comme la famille des brassicacées (chou, brocoli, kale, moutarde, radis), peuvent être mis en terre assez tôt. Consultez les instructions du semencier, spécifiques à chaque variété de légumes. 

Voilà donc les premières étapes qui mènent à un potager. Rappelez-vous que toutes les plantes n’ont pas les mêmes besoins, d’où la pertinence de se renseigner avant de choisir ses variétés!

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Faire preuve d’humilité et de patience 

La satisfaction de manger un aliment qui a poussé grâce à vos soins est immense. Cependant, il est important de pouvoir rire de la situation si votre plant de haricots ne produit aucune gousse ou si vous plantez du persil alors que vous vouliez de la coriandre. Espérons toutefois que cela ne ralentisse en rien vos ardeurs: le moment triomphant où vous réussirez enfin à récolter des produits frais sur votre balcon ou dans votre potager suffit à éclipser les possibles échecs que vous aurez à subir. Je vis encore de grandes déceptions quand mes plants ne produisent pas autant que prévu, ou que certaines de mes semences ne germent tout simplement pas. Mais ce n’est pas parce que je n’ai jamais réussi à obtenir de beaux choux-fleurs que cette année ne sera pas la bonne!

Photo: Eliane Cadieux

Parler à ses semis 

Personnellement, je m’exclame: «Bonjour, nouveau petit bébé!» à chaque nouvelle pousse, mais le détail de vos conversations ne concerne que vous.

Selon Joël Sternheimer, physicien et musicien français, les jardiniers excentriques qui sérénadent leurs plants de tomates ne seraient pas complètement fous. Dans les années 90, il a développé une méthode qui transmet les vibrations musicales aux plantes, stimulant ainsi leur croissance et modifiant apparemment même leur gout!

Des hautparleurs installés dans des vignobles français semblent avoir un effet bénéfique sur la floraison, la croissance végétative et la lutte contre certaines maladies. Une bonne excuse pour organiser un dance party avec vos semis.

Photo: Maxime Aubert-Leblanc

Juliette a quitté Montréal pour s’installer en campagne, où elle passe le plus clair de son temps à converser avec son chien, ses poules et ses plantes. Au-delà de son travail de rédaction et de traduction, elle développe des ateliers en nature pour les enfants et se consacre à un projet de permaculture avec son copain. Juliette se passionne pour les récits humains. Elle aime boire du café dans le jardin, l’été, et près du poêle à bois, l’hiver.

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