Petit guide de l’apprenti·e ornithologue

Notre collaboratrice Juliette Leblanc nous invite à ouvrir les yeux et les oreilles pour augmenter notre indice de bonheur.

Texte—Juliette Leblanc
Illustrations—Zaine Vaun

Il y a quelques années, une corneille morte sur mon terrain a attiré des hordes de congénères qui ont piaillé entre elles toute la journée. Le soir venu, un son inhabituel et soudain m’a poussée à l’extérieur: 200 corneilles volaient en cercle parfait au-dessus de l’oiseau sans vie, dans un tintamarre de battements d’ailes et de cris. Puis, elles se sont tues et éparpillées simultanément, au moment exact où le soleil disparaissait à l’horizon. Des funérailles, nous apprendrait Google dix minutes plus tard. Fascinant et terrifiant — comme toute chose qu’on ne comprend pas entièrement, j’imagine. J’ai passé la semaine suivante à lire des articles sur les corvidés.

Depuis, je m’intéresse aux espèces qui peuplent le parc adjacent à la maison et les arbres qui m’entourent. Je distingue maintenant le chant de quelques oiseaux. Je m’arrête pour chercher le grand pic qui habite le boisé quand je l’entends creuser un tronc. Je suis irritée par le chardonneret (surnommé Jerry) qui cogne à la fenêtre à 5h30 pour attirer l’attention des femelles. Je remarque le silence qui s’installe subitement sur le terrain, et je me l’explique quand j’aperçois le faucon qui plane au-dessus.

Surtout, parmi les choses qui me gardent saine ces dernières semaines, il y a les mésanges qui mangent les semences de thym au jardin.

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Tout le monde s’entend pour dire qu’être à l’aise financièrement réduit grandement la pression quotidienne. Or, cette année, des chercheur·euse·s de l’Ecological Economics ont publié une étude qui démontre que le fait de résider près d’un environnement naturel, et plus particulièrement dans une zone peuplée d’oiseaux, avait un effet encore plus direct sur notre niveau de satisfaction générale. En résumé: la possibilité d’observer la faune aviaire pourrait nous rendre plus heureux·euses que la poursuite d’un succès financier au-delà de nos besoins de base.

À une époque où nous sommes plusieurs à être déconnecté·e·s — physiquement ou mentalement — de la nature, l’ornithologie est une manière réellement accessible de communier avec le monde qui nous entoure.

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Voici donc un guide non exhaustif des espèces d’oiseaux que vous pourrez observer au Québec et des pratiques de base à adopter — de la part d’une ornithologue amatrice certes maladroite, mais déterminée.

 

10 oiseaux communs au Québec

(sélectionnés parmi ceux que j’aime particulièrement observer) 

Merle d’Amérique

C’est l’un des premiers oiseaux à se faire entendre le matin et l’un des derniers à chanter le soir. Le merle arbore une tête noire, un bec jaune, une gorge striée noir et blanc et une poitrine rousse, tirant sur le rouge. Le mâle revêt souvent des teintes plus vives que la femelle.

Habitat: régions boisées, espaces agricoles et zones urbaines.

Mésange à tête noire

C’est la plus commune des mésanges d’Amérique. Elle est très curieuse, en plus d’être une adepte des mangeoires. Une bonne candidate pour tenter d’attirer des oiseaux avec une poignée de graines de tournesol au creux de la main!

Habitat: presque partout! Forêts de feuillus ou mixtes, parcs, jardins.

Bruant familier

Revêtu de son plumage nuptial (en période de reproduction), le mâle est reconnaissable à sa calotte rousse très voyante. Il existe de nombreuses espèces et sous-espèces de bruants au Québec. C’est l’un des oiseaux les plus répandus en Amérique du Nord.

Habitat: forêts, prairies, jardins, champs.

Hirondelle rustique

Aussi connue comme l’hirondelle des granges.

Son front et sa gorge sont brun roux, et sa tête, bleu noir. Son vol, saccadé et rapide, est très impressionnant à observer.

Habitat: prairies, marais, parcs et jardins.

Paruline

Il existe 34 espèces de parulines au Québec. La plupart arborent un plumage aux couleurs vives. Fun fact: le plumage de la tête des parulines masquées mâles rappelle un masque de superhéros.

Habitat: forêts, marais, prairies, jardins.

Roselin pourpré

Magnifique oiseau qu’on dirait trempé dans l’aquarelle, le mâle présente un plumage qui va du rose framboise clair au pourpre vif. Le plumage de la femelle, lui, est rayé de brun.

Habitat: forêts de conifères et mixtes, ainsi que leurs lisières.

Sittelle à poitrine blanche

C’est un oiseau plutôt bruyant, avec un chant nasillard. Son ventre, sa gorge, sa joue et sa poitrine sont blancs, comme l’indique son nom. Ses longs «doigts» lui permettent de marcher dans tous les sens sur les troncs d’arbres. On la voit souvent la tête en bas, en train de chercher sa nourriture tout autour des branches.

Habitat: vieilles forêts ouvertes, de feuillus ou mixtes; vergers, parcs, jardins de banlieue.

Tyran tritri

Sans aucun doute l’un des noms d’oiseaux que je préfère. Il est ainsi nommé parce qu’il défend âprement son territoire, même contre des oiseaux beaucoup plus gros que lui. Un boss des bécosses, en somme.

Habitat: bordure des forêts, fermes, bords de zones boisées, parcs.

Chardonneret

Le mâle arbore un plumage jaune vif en été, et vert olive en hiver. La femelle, elle, a un plumage jaune brunâtre terne qui devient plus éclatant lors de la saison estivale.

Habitat: à proximité de l’être humain, dans les banlieues des villes et les prairies ouvertes.

Jaseur d’Amérique

Aussi appelé jaseur des cèdres, il présente une couleur caramel. Sa tête est coiffée d’une huppe longue et brunâtre, et un bandeau noir masque ses yeux. Son bec est noir. Son plumage a une apparence soyeuse; c’est un superbe oiseau à observer. Son chant ressemble à un sifflement très doux.

Habitat: orée des forêts, vergers, jardins et parcs urbains; partout où il y a des arbres fruitiers ou des végétaux produisant des baies (comme mon jardin, où il raffole des groseilles et des gadelles).

Comment aborder
l’ornithologie en 7 étapes

1. Sortez dehors. 

Commencez par répertorier les oiseaux autour de vous: cour arrière, ruelle, itinéraire habituel (vers l’épicerie, le travail, etc.). Si vous en avez la possibilité, installez une mangeoire sur votre balcon ou à proximité d’une fenêtre. Rien de mieux que des graines de tournesol noir pour attirer les visiteurs!

2. Procurez-vous un guide imprimé. 

Choisissez un format léger, qui contient les grandes familles et les espèces d’oiseaux les plus répandues. Si votre intérêt se maintient et que vos ambitions d’identification augmentent, procurez-vous un guide plus volumineux à conserver à la maison; il vous permettra de confirmer après coup vos observations. Il existe également de très bonnes applications mobiles d’identification d’oiseaux.

3. Équipez-vous de jumelles. 

Il n’est pas obligatoire de se munir de jumelles pour l’observation d’oiseaux, mais cela enrichira votre expérience et vous aidera à observer certaines espèces timides — en plus de vous donner l’air très pro. Optez pour un modèle relativement léger, avec une bonne construction étanche. Prière de vous concentrer sur les moineaux dans les arbres et non pas sur le voisinage dans son salon. 

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Un truc: pour vérifier la luminosité et la clarté que vous procurent vos jumelles, pointez-les vers le coin le plus sombre du magasin au moment de l’achat. Cela vous assurera que votre équipement est de qualité suffisante pour attraper les mouvements furtifs des oiseaux, et ce, même par temps nuageux ou au lever du jour. 

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4. Élargissez vos zones d’exploration. 

Certains oiseaux préfèrent les habitats avoisinant un plan d’eau; d’autres se logent dans des boisés, des champs, des montagnes. Si vous habitez en ville, dirigez-vous vers les parcs municipaux, surtout au printemps et à l’automne, alors que les oiseaux migrateurs sont en mouvement. Ces espaces urbains sont comme des oasis dans une mer d’asphalte, et les oiseaux s’y posent, tout comme nous, pour se ressourcer.

5. Joignez un groupe d’ornithologues amateur·rice·s. 

La majorité des municipalités et des régions en comptent. Bien sûr, avec les restrictions pandémiques, les réseaux d’observation des oiseaux servent surtout à véhiculer de l’information. Mais rien ne vous empêche d’inviter un·e membre de votre famille à une activité d’initiation distanciée!

6. Adoptez des habitudes de lève-tôt.

Hé oui! Plus votre intérêt se développera, plus vous comprendrez que la majorité des oiseaux dorment la nuit et se réveillent affamés. Bien entendu, vous pouvez observer des oiseaux à toute heure du jour, mais la matinée demeure le moment idéal pour les voir en action dans leur habitat.

7. Respectez les oiseaux et leur habitat. 

Suivez le code de conduite des ornithologues amateur·rice·s publié par Québec Oiseaux. Évitez de pourchasser ou d’effrayer les oiseaux; ne vous approchez pas des nids; ne dérangez pas les oiseaux nocturnes en plein jour; ou encore, n’utilisez pas d’enregistrement sonore qui imite les chants d’oiseaux en période de reproduction.

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Fixez-vous des défis à la hauteur de vos ambitions et de votre temps: réussir, par exemple, à identifier correctement quatre oiseaux à la vue et au chant avant la fin de l’été. Si vous êtes plus discipliné·e·s que moi, vous pouvez noter vos observations dans un carnet. Ceux et celles qui ont du talent en dessin (c’est-à-dire qui savent gribouiller autre chose qu’une banane abstraite) pourraient essayer de croquer le portrait des oiseaux rencontrés.

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Il y a quelque chose d’extrêmement rafraichissant dans l’idée d’être nul·le à quelque chose de nouveau et de persévérer. Pour ma part, j’aime ne pas toujours reconnaitre les oiseaux et demander à mon copain «comment il s’appelle, déjà, t’sais, celui qui a une bedaine rose-rouge-orange et qui mange les camerises?»1. Des indices rigoureux, me direz-vous. Mais ce passetemps a ceci de merveilleux: pas besoin de détenir des connaissances encyclopédiques pour apprécier le monde aviaire. Trouver un oiseau cute est suffisant pour piquer la curiosité.

1 Roselin

Bonne observation! 

Quelques sites d’observation au Québec qui valent le détour:

  • Cap-aux-Oies, Les Éboulements (Capitale-Nationale)
  • Parc national de Frontenac (Estrie)
  • Parc national du Lac-Témiscouata (Bas-Saint-Laurent)
  • Parc national des Îles-de-Boucherville (Montérégie)
  • Réserve nationale de faune du Cap-Tourmente (Capitale-Nationale)
  • Parc national de Plaisance (Outaouais)
  • Baie-du-Febvre et lac Saint-Pierre (Centre-du-Québec)
  • Parc Summit (Montréal)
  • Parc-nature de la Pointe-aux-Prairies et parc-nature du Cap-Saint-Jacques (Montréal)

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