Le miracle des micromaisons

Getaway : pour tisser des liens authentiques en nature.

Texte Natalie Rinn

Jon Staff, cofondateur de Getaway, une nouvelle entreprise qui loue des micromaisons construites dans la nature sauvage, a constaté que les espaces de tranquillité, de repos et de relaxation en dehors du travail ont quasiment disparu. L’internet a fini de les achever.

«J’aime la technologie, et j’aime la flexibilité qu’elle me procure au travail, avoue Jon, deux fois diplômé d’Harvard, mais je n’aime pas être constamment connecté et pouvoir discuter avec mes collègues à 22h.» Il est devant un café, le téléphone à la main, dans le nord de l’État de New York. Pas très loin d’ici se trouve le chalet abandonné qu’habitent, le temps d’un été, lui et le personnel de Getaway. Il est situé sur le terrain où l’entreprise compte construire une nouvelle micromaison. En juin 2015, Jon et son cofondateur, Pete Davis, ont inauguré la première maison Getaway, baptisée L’Ovida. Il s’agit d’un dortoir familial traditionnel à quelques heures de Boston pouvant accueillir quatre personnes, équipé de bibliothèques remplies de grands classiques et de jeux de société, d’une douche chauffée et d’une toilette électrique. Elle est fonctionnelle à longueur d’année. Deux autres micromaisons, La Lorraine et La Clara, ont été construites peu de temps après. Depuis l’automne, l’entreprise en a érigé trois de plus, cette fois à proximité de New York. Toutes ces micromaisons ont affiché complet pour les deux mois qui ont suivi leur ouverture et depuis, elles sont occupées 90 % du temps. «On reçoit des réservations dès le moment où elles sont disponibles», dit Jon avec étonnement. De toute évidence, les gens ne savaient pas qu’ils adoraient ce type de vacances avant qu’on leur en donne l’occasion.  

The Eleanor in New York. Photo: Roderick Aichinger

L’idée de Getaway est venue à Jon lors d’un voyage de cinq mois dans l’Ouest américain à bord d’une caravane Airstream. Ayant grandi dans le Midwest et étudié au Massachusetts, il a toujours rêvé d’explorer les vastes espaces de l’Ouest, sans égal dans son coin de pays natal. Sur la route, il a repéré une micromaison. «Elle a attiré mon regard, et c’est comme cela qu’est né mon intérêt pour le logement alternatif, explique-t-il. Il me semblait que ce type d’habitation avait le potentiel de changer les choses et d’incarner les valeurs de notre génération.» Jon a fait des recherches sur le phénomène des micromaisons pour voir comment il pourrait adapter le concept à une entreprise. Le mouvement gagnait en popularité depuis quelque temps, mais se limitait surtout à des options de vacances luxueuses pour les propriétaires desdites maisons. Jon a communiqué avec Pete Davis, un ami d’université, pour échanger des idées. Ensemble, ils ont essayé de voir comment ils pourraient permettre aux gens de sortir de la ville facilement, sans trop dépenser, pour qu’ils puissent relaxer pleinement, loin de toute source de stress. Avec l’aide d’amis de l’École de design d’Harvard, ils ont mis sur pied un concept qui donnerait à un plus grand nombre de citadins la chance de s’éloigner de la vie urbaine à peu de frais, sans souci de la logistique nécessaire à la planification d’un voyage traditionnel.

Jon connait intimement les bienfaits de ces logements atypiques et de la communion avec la nature. Il a passé ses étés sur le lac Supérieur, à bord d’une péniche. Ses parents ont consacré leurs économies à cette maison flottante. Ils savaient que leur fils était mûr pour son âge et ne craignaient pas de le laisser seul avec la communauté du lac. «J’habitais à la marina avec de vieux marins, raconte Jon. C’était fantastique. Ces gens vivaient dans de petits espaces, mais ils s’éclataient, se connaissaient tous et s’entraidaient.» Pete, quant à lui, a grandi à Falls Church, en Virginie, une ville reconnue pour son ambiance de «petit village», explique Jon. À leur arrivée à Harvard, on leur a tous deux assigné une chambre dans la maison Currier, réputée pour sa laideur et sa désuétude. La résidence était divisée en minuscules pièces et n’avait qu’une seule entrée, qui est devenue par défaut l’espace commun de la maison. «Peu importe l’heure, on tombait toujours sur quelqu’un, dit Jon. En fait, c’est ainsi que nous nous sommes rencontrés : grâce à l’architecture et à cet espace commun.» Je leur ai demandé s’ils trouvaient ironique que deux hommes passionnés par la vie en communauté consacrent leur énergie à construire des micromaisons isolées dans la nature. «C’est tout le contraire, insiste Jon. Ces deux intérêts vont de pair. Ce n’est pas parce que la communauté est importante qu’il n’est pas essentiel d’avoir du temps en solitaire, de se déconnecter et d’aller dans la forêt avec des proches, précise-t-il. Habiter en ville n’est pas synonyme de communauté. C’est plutôt le contraire.» Bien plus qu’un simple moyen d’évasion, les maisons de Getaway offrent la possibilité de tisser des liens plus authentiques. «J’écris à tous les clients après leur séjour pour solliciter leurs commentaires. Ils sont nombreux à me répondre: “Mon conjoint et moi avons discuté comme nous ne l’avons pas fait depuis des années!”», dit Jon avec fierté.

Au départ, Jon et Pete croyaient que Getaway attirerait de jeunes professionnels au bout du rouleau. En réalité, le concept a interpelé pratiquement tout le monde. «Nous voyons débarquer des familles, des couples, des groupes d’amis, des jeunes, des vieux, pratiquement tous les types de clientèle, dit Jon. J’ai appelé un client dont l’indicatif indiquait une région rurale et je lui ai demandé pourquoi il avait décidé de passer du temps chez Getaway. Ses raisons étaient les mêmes que pour les autres. Il m’a répondu : “Je vis en région, mais c’est le bordel chez moi et j’en ai assez de mon quartier. Je voulais prendre une pause des enfants et m’éloigner des soucis l’espace de quelques jours.”»

The Clara in Boston. Photo: Bearwalk

Chaque centimètre des maisons Getaway est pensé de manière à faciliter la pleine conscience de soi, des cooccupants et de la nature. La simplicité est l’idéal recherché, comme en témoignent les matériaux rudimentaires; oubliez le granite, l’acier inoxydable et l’internet (vous avez bien lu, pas de wifi), vous n’y trouverez que du contreplaqué à nu et des ilots en bois. «Il y a de l’électricité, mais pas assez pour faire fonctionner un séchoir à cheveux. La maison n’est qu’un assemblage de matériaux de base qui vous rapprochent de la nature plus qu’ils vous en éloignent.», explique Jon. Et voici un détail qui découragera ceux qui veulent tout planifier : l’emplacement exact des micromaisons n’est révélé qu’au moment du départ. Pour l’avenir, qu’est-ce qui pourrait empêcher Getaway d’avoir le vent dans les voiles ? Une chose, répond Jon : «Il faut construire suffisamment de micromaisons pour suffire à la demande.» Mais à voir sa passion, celle de Pete et de leur équipe de talentueux designers et entrepreneurs — y compris le père de Jon, qui l’a initié à la magie des petits espaces, de la nature et de la communauté —, ça ne devrait pas être un problème.

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Cet article a été publié dans le numéro 01.

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