L’histoire derrière la couverture

Le refuge Conrad Kain, dans le parc provincial Bugaboo, offre une vision de la nordicité au 21e siècle.

Texte — Mark Mann
Photos — Kari Medig

En juin 1909, Conrad Kain, un alpiniste autrichien de 26 ans, se rend sur le territoire de la Nation Ktunaxa, en Colombie-Britannique, pour travailler à titre de premier guide officiel du Club alpin du Canada. Il dirige une série d’expéditions dans les Purcell, une chaine de montagnes intérieure située entre les Rocheuses et les plaines — une formation vieille de 170 millions d’années, qui porte encore le nom que lui ont donné les colons. Avec le temps, Kain est devenu une figure mythique dans les cercles d’alpinistes canadiens.

Son style a été décrit comme « impeccable, rapide, léger et audacieux ». Il s’est taillé une réputation en gravissant pour la première fois plusieurs des sommets du parc, aujourd’hui célèbres, ainsi que le Bugaboo Spire, dont l’ascension est extrêmement difficile. Fait intéressant : Kain a accompli ces exploits avec des équipements vétustes, en compagnie de grimpeurs amateurs. Plus tard, on lui rendrait hommage en donnant son nom au magnifique refuge en arc du parc provincial Bugaboo.

Konrad Cain Hut

Dans les décennies qui ont suivi ces premières ascensions exigeantes, la popularité de ce site d’escalade de renommée mondiale a continué de croitre lentement. Puis, dans les années 60, elle a connu un essor fulgurant. Attirés par les spectaculaires pics de granite, des grimpeurs comme Fred Beckey et Yvon Chouinard — les futurs fondateurs de Patagonia — ont afflué dans la région et ouvert de nombreuses autres voies en ayant recours à des techniques d’escalade en big wall. La multiplication des campements provisoires a cependant endommagé les fragiles prairies alpines situées au pied des sommets découpés. C’est pourquoi, en 1972, le Club alpin du Canada a bâti un élégant refuge pouvant accueillir plusieurs dizaines de personnes, à partir de matériaux préfabriqués livrés par hélicoptère.

Il faut compter de deux à trois heures de marche pour atteindre le refuge Conrad Kain. La randonnée commence en douceur et se termine par une montée laborieuse de 700 m de dénivelé. Le refuge est situé au-delà de la limite des arbres, au milieu d’un amphithéâtre naturel formé de cimes monumentales et de pics escarpés — et abritant plus d’une centaine de voies, parmi lesquelles les grimpeur·euse·s choisissent en fonction de leur habileté et de leur expérience. Au refuge, ces derniers trouvent quelques précieuses commodités : ils peuvent se réchauffer, s’approvisionner en eau potable et cuisiner sur un poêle au propane. De grandes tables leur permettent aussi de manger et de jouer aux cartes. En général, toutefois, ils se couchent tôt et se lèvent avant l’aube, pour avoir le temps de faire une ascension et de rentrer avant la noirceur. Le deuxième étage du bâtiment accueille un dortoir où les grimpeur·euse·s dorment côte à côte.

Le style gothique de la voute a été choisi pour sa simplicité et son efficacité. Le toit en pente raide, qui s’inspire en partie des iglous, contribue à protéger la structure de la neige et des grands vents. Le bâtiment semble avoir été conçu à l’image des sommets abrupts qui l’entourent.

Si nous avons choisi une photo du refuge Conrad Kain pour la couverture de notre numéro sur la nordicité, c’est parce qu’il incarne la résilience et l’adaptabilité — deux qualités essentielles pour survivre dans le Nord et, surtout, pour composer avec les effets des changements climatiques. Par son architecture à la fois robuste et élégante, il évoque pour nous le courage de choisir la vie en plein air, avec tout ce que cela suppose de beauté, certes, mais aussi de difficultés. Enchâssé entre une ondoyante prairie en fleurs à l’été et des crêtes déchiquetées, le refuge Conrad Kain nous montre que la nature peut être un répit, un havre de paix, malgré le parcours difficile — et salutaire — qui nous attend.

Partagez cet article

Cet article a été publié dans le numéro 09.

Infolettre

Pour recevoir les dernières nouvelles et parutions, abonnez-vous à notre infolettre.