L’art de réparer

Texte—Margarett Waterbury
Photos—Nolan Calisch

Nos objets se brisent sans arrêt — ce qu’ils sont conçus pour faire, d’ailleurs. Et comment réagissons-nous, règle générale, quand ça arrive ? Nous soupirons, jetons le machin et le remplaçons par un nouveau.

Mais il peut en être autrement. Une communauté mondiale, encore petite mais en pleine croissance, mise sur la satisfaction que procure la réparation d’un objet. En 2009, à Amsterdam, un journaliste néerlandais a lancé le premier Repair Café en réponse à la prolifération de déchets dans le monde. Depuis, le mouvement s’est répandu à coups d’ateliers, de salons et d’évènements. Les gens se réunissent pour rafistoler leurs appareils, acquérir de nouvelles compétences et tirer parti du désir inné, chez l’humain, de faire fonctionner ce qui l’entoure.

Souvent, les visiteurs qui apportent leurs objets défectueux ne s’attendent pas à être aussi captivés par le processus de réparation. « J’apprécie beaucoup la part d’apprentissage de mon expérience », affirme une participante. « Et j’adore l’esprit de village qui règne ici. »

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Cette philosophie est à la fois révolutionnaire et familière. Pendant la plus grande partie de leur histoire, les humains ont fabriqué, raccommodé et réparé par nécessité. Mais, au cours du siècle dernier, ce savoir-faire s’est fait détrôner par l’attrait irrésistible des biens de consommation, si commodes. Autrefois conçus pour durer toute une vie, les appareils tombent désormais en désuétude au bout de quelques mois seulement. Après tout, il suffit d’un clic ou deux pour leur trouver un substitut flambant neuf.

Les gens sont encouragés à participer à la remise en état de leurs biens. « C’est un vrai lieu de rassemblement », explique le réparateur bénévole Kimi Feuer. « En prenant part à toute l’opération, certains ont parfois une révélation. »

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« J’adore les salons de réparation », s’exclame le réparateur bénévole Tom, ancien directeur technique d’une entreprise de haute technologie en banlieue de Portland. « On acquiert plein de connaissances, et les autres réparateurs sont sympathiques. » Bien qu’il ne se frotte pas à des appareils électroniques complexes, Tom est prêt à s’attaquer à n’importe quels meubles ou engins mécaniques — ou presque.

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Chaque mois, la dynamique communauté de réparation de Portland, en Oregon, tient plusieurs salons où se présentent des dizaines de participants avec leurs horloges détraquées, leurs vélos déglingués et leurs valises à roulettes coincées. De tous les âges, les réparateurs et les réparatrices bénévoles proviennent aussi d’horizons divers. Plusieurs sont motivés par un désir de réduire le gaspillage; d’autres prennent plaisir à relever le défi unique que pose chaque objet endommagé. D’autres encore tirent leur satisfaction non pas du moment où la lampe éteinte reprend vie, mais plutôt du fait de rebâtir leur communauté — et l’économie locale — autour du geste radical de réparer.

L’organisme Repair PDX a récemment remporté une bourse pour offrir des cours d’initiation à la réparation.Conçu par Lauren Gross, un programme d’apprentissage jumelant des élèves du secondaire avec des réparateurs chevronnés a donc été lancé. L’organisatrice compte aussi familiariser les élèves un peu plus jeunes avec l’utilisation d’outils, le diagnostic de problèmes et les joies du démontage. « Notre objectif est de répandre la culture de la réparation », affirme Gross.

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Margarett Waterbury est journaliste à Portland, en Oregon. Elle traite de nourriture, d’agriculture et de culture. Elle a publié des articles dans Food & Wine, Civil Eats, Edible Portland, notamment. Quand elle n’écrit pas, elle cuisine, jardine et fait de longues promenades.


Nolan Calisch
est un photographe et un artiste qui s’intéresse aux efforts — personnels et collectifs — de réconciliation entre les communautés et de régénération de la planète. Depuis 2007, il s’occupe d’une ferme biologique en banlieue de Portland, en Oregon, où il vit avec sa compagne, l’artiste Nina Montenegro, et leur fille.

BESIDE 08

Cet article est tiré de notre Numéro 08

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