Trois jours de montagnes et d’eau fraiche à Mont-Tremblant

Carnet de voyage mère-fille dans les Laurentides méridionales

Texte—Marie Charles Pelletier
Photos—Sophie Corriveau

En partenariat avec

À compter de l’été 1996 et pour les huit années suivantes, nos parents nous ont coincé·e·s, mon frère et moi, à l’arrière de la voiture ergonomiquement paquetée en direction de l’Acadia National Park, dans le Maine. Nous dormions cordé·e·s dans une tente Eureka quatre places, humide malgré deux bâches ingénieusement placées. J’enviais mes amies qui allaient à la plage dans des motels avec une piscine creusée et des popsicles à volonté.

Les vacances en famille sont depuis longtemps révolues. La tente Eureka a cédé la place à une petite roulotte climatisée deux places. Pourtant, l’odeur de l’été, le coffre bien rempli de l’auto et les shorts qui sèchent vite de ma mère me ramènent dans le passé. Cette fois, plutôt que de nous diriger vers la frontière, nous empruntons la route 117 vers le nord. Ma mère part des Cantons-de-l’Est et passe me prendre à Montréal. Direction: les Hautes-Laurentides pour y découvrir la quiétude des débuts de semaine. Le toit est ouvert et nous avons — sans grande surprise — 30 minutes de retard sur l’horaire.

– Jour 1 –

Ma mère est la plus grande fan de plein air que je connaisse, mais elle ne le sait pas. Pour elle, une journée passée sans grimper une montagne — à pied, en ski ou à vélo — est une journée incomplète. Mes parents sont des gens d’habitudes — les leurs sont campées en Estrie — et il y a des années que ma mère n’a pas foulé le sol laurentien. Ce séjour la changera d’air. Au détour d’une courbe, je sens son regard s’accrocher sur le mont Tremblant, dont l’altitude atteint 932 m sur le pic Johannsen. Nous atteignons enfin Labelle, une petite ville qui chevauche une portion de la rivière Rouge. La route de terre s’enfonce dans une forêt qui débouche sur le Petit lac Caribou. Ève Brasseur, la fondatrice d’Excursion Yoga, ne se formalise pas de notre retard et nous accueille avec un large sourire, le dos appuyé sur son Westfalia blanc. Nous nous préparons à partir pour une excursion entrecoupée d’une séance de yoga.

Après-midi — yoga en altitude
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«On a oublié nos matelas», me glisse ma mère à l’oreille. Disons que c’est un départ plutôt lent pour nous deux, mais comme Ève n’en est pas à son premier rodéo, elle nous en prête gentiment. L’idée de joindre la randonnée aux séances de yoga lui est venue l’été dernier alors qu’elle passait le plus clair de son temps à marcher en forêt à la suite d’un accident de vélo de montagne. En montant vers le sommet, elle parle du point d’honneur qu’elle se fait à chaque excursion de sensibiliser les gens à la fragilité de la biodiversité en leur rappelant l’importance de rester dans les sentiers. Après quelques kilomètres d’ascension, nous parvenons finalement à un promontoire rocheux. Sous le soleil d’après-midi, nous enchainons les chiens tête en bas et les guerriers 1 et 2 face aux collines arrondies qui s’étendent devant nous. Pour ma mère, le terme «enchainement»  est peut-être mal choisi. Disons que, dans son cas, il s’agit plutôt d’une lutte de tous les instants. La vue des montagnes arrive pourtant à lui faire oublier son léger manque de souplesse.

Le dos mouillé, mais bien étiré, nous redescendons vers le Petit lac Caribou. Ma mère me fait la remarque, les mollets dans l’eau, que depuis le début de l’après-midi, nous n’avons croisé personne. La tranquillité de l’endroit nous apaise.

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Soirée — jambes fatiguées et refuges perchés
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Le soleil continue de nous chauffer la nuque malgré l’heure avancée et la Muchacha — une blonde légère de la microbrasserie Saint-Arnould— nous semble plus désaltérante que jamais.

Habitées par le sentiment que nous dormirons bien cette nuit, nous nous dirigeons vers les refuges perchés à Saint-Faustin—Lac-Carré. Sur la route sinueuse qui longe les lacs, les chalets aux fenêtres en moustiquaire baignent dans la lumière dorée des fins de journée d’été.

Nous arrivons dans l’écoparc à la brunante. Les grillons et les rainettes s’apprêtent à commencer leur shift du soir. Armées d’une batterie 12 volts, d’une bonbonne de propane* et de notre bagage, nous marchons environ 1,5 km dans un sentier qui ceinture le lac du Cordon. Heureusement qu’il est particulièrement bien balisé, puisque nos lampes frontales brillent par leur absence. Comme quoi toutes ces années de camping n’auront pas servi à grand-chose, après tout. À travers les feuilles nous devinons les refuges, juchés dans les arbres, tous différents les uns des autres, adaptés aux éléments naturels qui les entourent. Nous atteignons finalement le nôtre. Nous renonçons à notre partie de Huit et nous nous écroulons dans nos sacs de couchage.

* Les refuges hors réseau (off the grid) sont tout équipés et très fonctionnels. Une batterie et une bonbonne de propane sont fournies à l’arrivée pour cuisiner et s’éclairer.

– Jour 2 –

Nous ouvrons les yeux deux heures après le lever du jour, submergées par le calme du lac qui nous fait face. En silence, nous observons la trajectoire d’un canot depuis notre balcon. Après ce moment de détente offert par la nature, ma mère et moi abandonnons finalement à regret notre cabane perchée sur le roc pour entreprendre le programme du jour.

Sur un quai qui fait office de terrasse, je prépare un déjeuner plus frugal que continental: café et bananes. Un huard passe près de nous. Comme nous n’avons vu aucun·e congénère depuis notre arrivée, nous le saluons.

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Au début de l’après-midi, les terrasses du Village rassemblent quelques personnes du coin qui discutent avec leurs voisin·e·s de table, savourant le plaisir de se retrouver enfin.

Devant le bureau de poste, une vieille dame arrive à vélo et dépose très minutieusement sa missive dans une boite aux lettres. Elle vérifie deux fois que l’enveloppe est bien tombée avant d’enfourcher de nouveau sa monture. Ici, le temps ralentit durant la semaine.

L’art de couvrir du territoire
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Nous rencontrons Audrey Leclerc, propriétaire de l’entreprise D-Tour qui, depuis plus de sept ans, organise des aventures guidées sur mesure à Mont-Tremblant. Aujourd’hui, elle nous initie au vélo de montagne à assistance électrique. Cette fois, ma mère et moi avons pensé à apporter casque et gants. Nous avons l’air organisé, une première depuis le début du séjour.

Celle qui s’est amarrée dans la région il y plus de dix ans pour profiter de la proximité avec la nature n’en est jamais repartie. Son métier l’amène à redécouvrir l’endroit au quotidien en le montrant à d’autres. Nous la suivons jusqu’à l’orée d’un sentier qui longe la rivière du Diable. Les vélos sont particulièrement conciliants avec nos ischiojambiers et nous naviguons assez facilement à travers une forêt tissée de pistes comme la Sciotte, la Boneyard et la Cachée. Nous couvrons davantage de territoire avec un moindre effort, ce qui nous laisse plus de temps pour observer les rayons du soleil filtrés par la forêt mature créant des jeux d’ombre sur l’étroit chemin terreux. Nous aboutissons dans une pinède où les grands arbres parfaitement cordés s’entrechoquent au-dessus de nos têtes. C’est la valse du bois qui craque. En saluant deux golfeurs, nous remarquons que derrière eux, l’horizon est noir. «Une dernière», supplie ma mère, malgré la menace imminente. Nous poursuivons donc. Le ventre des nuages s’ouvre finalement au-dessus de nos têtes pour le dernier kilomètre. Nous nous sourions dans la pluie, satisfaites de cette douche fraiche anticipée.

– Jour 3 –

Avant de nous souhaiter bonne nuit, nous programmons un réveil à l’aube pour voir le ciel rose du matin et le lever de brume sur le lac. Après une séance de contemplation et quelques «c’est beau, hein», nous grimpons à bord d’un canot et enrayons le miroir de l’eau.

La montagne qui tremble
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Ce soir nous dormons au Grand Lodge Mont-Tremblant, aux abords du lac Ouimet. Les immenses poutres de bois du lobby et la cheminée de pierre contrastent avec le refuge de la veille. Le chemin jusqu’à la chambre nous prend environ un quart d’heure. Nous sommes ralenties par les photos suspendues au mur, soit environ une à tous les deux pas. Nous sommes fascinées par cette incursion dans le passé de Mont-Tremblant. Un vieil hydravion en plein amerrissage sur le lac Tremblant aux berges encore sauvages; des draveurs photographiés pendant que le courant emporte les billots de 12 pi dans ses remous; des skieurs au sommet de la montagne enneigée avec des skis de 12 pi eux aussi; un homme qui conduit le train dans le petit village méconnaissable.

Nos lectures nous apprennent que le peuple algonquin a été le premier à habiter les lieux et a baptisé la montagne Manitonga Soutana, soit la montagne du Diable (ou des Esprits). Ils disaient entendre des grondements sourds leur parvenir de la montagne et sentir le sol frémir sous leurs pieds en la grimpant. En français, on la baptise donc Montagne Tremblante.

L’humidité est tombée et une brise légère nous arrive du lac. Nous nous dirigeons alors vers le pied de la montagne, attentives à la moindre secousse; il semble que ce soir, la montagne soit tranquille. Nous entrons au convivial restaurant La Savoie, au décor tout en bois.

En quelques instants, notre table est recouverte de plats et d’une demi-meule de fromage à raclette. Nous estimons avoir mérité, malgré l’assistance électrique de nos vélos, ce classique valaisan… et le vin qui l’accompagne.

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En quittant l’endroit, nous nous promettons déjà de revenir à l’automne, quand les soirées seront assez fraiches pour que nos joues rougissent.

La rivière du Diable en deux temps
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Le Scandinave Spa Mont-Tremblant, coincé entre la forêt et la rivière, propose une expérience de détente ancrée dans la nature. Le Drakkar — représenté sur le logo et dans la conception du lobby —, apprenons-nous, représente la force tranquille de l’eau, mais aussi du corps. Comme un appel à prendre soin de ce navire qui nous portera toute notre vie, contre vents et marées. Après une immersion en eau froide dans la rivière, nous prenons la route vers le parc national du Mont-Tremblant.

J’ai toujours aimé les parcs nationaux, ces sanctuaires de nature où les gens sont plus souriants qu’ailleurs et où règne une odeur de feu de camp à la tombée du jour. Les dépanneurs — le très renommé Coté Plein Air dans ce cas-ci — que l’on croise presque immanquablement sur le chemin et qui proposent des vers de terre, du petit bois et de la corde ont pour moi quelque chose de réconfortant. Les gardes de parc qui vous interrogent à la guérite sont un peu comme les douaniers et douanières de la forêt, mais en plus sympathiques. La palette de couleurs de leur uniforme (beige, kaki et brun) crée une forme de cohésion avec tous les autres parcs nationaux dans le monde. Étant donné ma nature nostalgique, il y a fort à parier que cet attachement a quelque chose à voir avec mes vacances passées loin des motels.

Je suis ma mère vers le lac Chat avec sous le bras une pagaie, une veste de sauvetage et un sandwich qui finira aussi mouillé que le reste. Sous un ciel sans nuages, nous descendons en kayak les méandres de la rivière du Diable. Disons que nous pagayons par intermittence ou, plus honnêtement, que nous nous laissons porter par le courant en papotant. Sur les rives, des pins qui cumulent des siècles d’existence nous regardent passer. On les salue.

Notre rythme lent nous permet de glisser dans la contemplation. Descendre une rivière donne une perspective différente sur la nature. Ce n’est que depuis l’eau qu’on peut avoir ce point de vue mouvant sur les arbres et les parois rocheuses.

Les rivières sont les premières routes permettant d’accéder à l’intérieur du territoire. Les familles algonquiennes Maconce et Commandant ont été les premières à chasser et à pêcher dans la région, remontant les rivières des Outaouais, Rouge puis du Diable jusqu’à atteindre le lac Tremblant.

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En 1895, pour assurer la protection de ce territoire dont on reconnaissait déjà la valeur, le gouvernement du Québec crée le parc de la Montagne-Tremblante, soit le doyen des parcs nationaux québécois. Il s’inscrira dans l’histoire des aires protégées aux côtés de Yellowstone (1872), le premier parc national à voir le jour dans le monde, et de Banff (1885), le premier au Canada.   

À l’origine, le parc devait accueillir un sanatorium. On disait que l’air pur, sec et frais pourrait guérir les maladies pulmonaires. Aujourd’hui, sa mission a évolué et la tuberculose est moins préoccupante. Avec ses 1 510 km2, ses 400 lacs et ruisseaux et ses six grandes rivières, il continue de connecter les gens à la nature. La présence du loup sur le territoire témoigne de son caractère sauvage et de son immensité*. 

*Source: Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française

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La légende raconte que le Grand Manitou faisait trembler la montagne quand quelqu’un osait défier la nature. Celui qui la respectait et qui obéissait à ses lois, quant à lui, était naturellement plus sensible à ses nuances, pouvait être ému par le reflet du soleil dans un rapide, par l’odeur du sapin baumier, ou par le lever de brume à l’aube, par le chant des oiseaux.

La fin qui arrive toujours trop vite
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Durant ce séjour, il semble que nous n’ayons pas contrarié la montagne puisque nous avons pu profiter de chaque instant aux côtés de gens qui continuent, même après des années, à apprécier la beauté des arbres ou la réflexion de la lune sur un lac.

Sur le chemin qui me ramène à la maison, je me trouve privilégiée de m’être baignée dans des rivières, d’avoir vu la forêt de l’intérieur et de m’être imprégnée de nouveaux paysages.

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J’aimerais remercier mes parents de nous avoir transmis, à mon frère et moi, leur amour de la nature — et du camping — et leur sensibilité à sa fragilité. Je n’ose pas le leur dire, mais on aurait pu s’épargner au moins trois heures de route si on avait emprunté la 117 vers le nord plutôt que de passer les douanes.

Tourisme Mont-Tremblant est un organisme privé à but non lucratif, formé en 1992 et incorporé en 1995. Il a pour mandat d’assurer la publicité, la promotion et la commercialisation de la région de Mont-Tremblant, et veille également à offrir un accueil de qualité aux visiteur·euse·s par le biais de ses deux bureaux d’accueil touristique.

Avec la participation de partenaires régionaux, Tourisme Mont-Tremblant contribue activement à la prospérité économique de l’industrie touristique régionale, en positionnant de façon coordonnée et intégrée la région de Mont-Tremblant comme destination touristique auprès des clientèles extérieures.

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