Un après-midi tranquille à Vienne avec Katharina Unger

Illustration—Florence Rivest

Katharina Unger est une entrepreneure et designer industrielle qui œuvre dans le domaine du développement durable. Ayant grandi sur une ferme biologique dans la campagne autrichienne, elle s’intéresse depuis toujours aux relations qu’entretiennent les gens avec leur nourriture.

La jeune femme partage aujourd’hui son temps entre Vienne et Hong Kong, où elle plaide en faveur d’un avenir plus durable dans lequel nous serons plus conscient·e·s des conséquences de nos choix alimentaires. Elle est la PDG de Livin Farms, une entreprise spécialisée dans la production d’insectes comestibles.

Katharina a répondu au questionnaire BESIDE en février, lors d’un après-midi tranquille (mais frisquet) à Vienne.

Ton souvenir d’enfance le plus cher en lien avec la nature.
Les balades à cheval dans les forêts et les paysages de l’Autriche rurale.

Un problème qui te préoccupe, qui concerne ton quartier, ta ville ou ton pays.
Le caractère non durable de notre chaine d’approvisionnement alimentaire actuelle et du système alimentaire.

Ton écart climatique.
Je dirige une entreprise, dont les fondements reposent sur la durabilité et la résilience des systèmes alimentaires, qui possède des bureaux à Hong Kong et à Vienne. Avant la pandémie, je faisais souvent des allers-retours en avion entre les deux. Ce n’est pas le cas en ce moment, mais, à l’avenir, l’entreprise cherchera à compenser son empreinte carbone.

Ta meilleure histoire de bois ou ton expérience la plus désagréable en plein air.
Dormir dans une tente installée juste à côté d’une chute. Le bruit de l’eau était si assourdissant que j’ai rêvé que le courant m’emportait.

L’endroit qui te rend le plus heureuse.
Sur et dans l’océan!

Un projet architectural qui t’inspire.
Le projet de recherche de Rem Koolhaas et d’AMO sur l’avenir des campagnes!

Quelque chose qui, d’après toi, devrait disparaitre de la surface de la planète.
L’envie.

Un·e photographe ou un·e artiste visuel·le qui t’inspire.
Ronan Bouroullec. 

Un élément clé pour bâtir un avenir durable.
Que chacun soit conscient des ressources qui nous entourent et de leur valeur inestimable.

Un de tes endroits favoris.
Le marché de poissons et de fruits de mer séchés de Wing Lok Street, à Hong Kong. C’est une grande rue bordée d’échoppes où l’on vend toutes sortes d’aliments bizarres: des concombres de mer, des ailerons de requin, des vessies de poisson. Il y a une odeur persistante de poisson séché, à la fois épicée et humide, et l’air est empli des voix fortes des client·e·s qui marchandent et des bruits des commerçant·e·s qui coupent et emballent leurs produits. Lors de mon premier séjour à Hong Kong, j’y allais tous les matins et tous les soirs. Je me demandais d’où venait toute cette nourriture. Je me disais que parmi les nombreuses personnes qui fréquentent chaque jour le marché, rares sont celles qui comprennent vraiment ce qu’elles y voient ou ce qu’elles mangent.

La première fois que tu as mangé un insecte à des fins de recherche.
C’était en 2013, en Autriche. J’avais environ 22 ans. Dans le cadre de mon projet de recherche sur l’élevage d’insectes, j’avais fait venir par la poste des larves de mouches soldats noires. Quand j’ai ouvert le sac, mes mains tremblaient. Ce n’était pas facile… Disons que ça n’a pas tout de suite été le grand amour entre les insectes et moi. Ça goutait les champignons, ou quelque chose de terreux, comme les pommes de terre. Aujourd’hui, je mets régulièrement des vers de farine moulus dans mes boulettes de burger ou dans la sauce tomate que je sers avec les pâtes.

Une activité non numérique que tu peux faire avec plaisir pendant une journée entière sans te lasser.
Plonger pour ramasser des pétoncles et des escargots de mer dans les eaux qui entourent Hong Kong.

Une expérience dans la nature qui t’a rappelé ta condition de mortelle.
Une excursion en kayak près de la plage de Lanikai, à Hawaï. La mer était agitée, mais cela ne nous a pas empêché·e·s, mon ami et moi, de plonger sous l’eau à tour de rôle avec masque et tuba pendant que l’autre surveillait le kayak. On a vu des tortues, des poissons et des coraux. Quelques semaines plus tard, il y a eu une attaque de requin à cet endroit précis. Je ne me suis jamais sentie aussi connectée à la nature et aussi minuscule qu’au milieu de cet immense écosystème.

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