Les ovnis me transforment

L’existence de phénomènes aériens non identifiés est désormais largement reconnue, mais peu semblent s’en soucier. Or, pour l’autrice Tendisai Cromwell, le nombre croissant de preuves à l’appui modifie subtilement son rapport au monde.

Texte—Tendisai Cromwell
Illustrations—Niti Marcelle Mueth

En 2017, le New York Times révélait l’existence d’un programme gouvernemental sur les ovnis, par la publication de vidéos authentifiées et de témoignages faisant état d’un engin volant de forme étrange et de technologie avancée, aperçu dans un espace aérien protégé. Cet article à la une et le regain d’intérêt qu’il a suscité auprès du public ont enclenché une nouvelle ère pour le phénomène ovni, dont l’émergence remonte à environ 74 ans.

Jusqu’à récemment, le gouvernement américain niait la présence d’ovnis (ou, comme on les désigne aujourd’hui, de phénomènes aériens non identifiés). Les autorités ont, depuis, établi officiellement leur existence et admettent au grand jour les étudier. Devant la pression populaire, les organismes fédéraux nous dévoilent plus de détails que jamais.

Après avoir enquêté sur ces témoignages extraordinaires et pris en compte l’opinion de spécialistes, j’ai gravité, comme beaucoup, vers l’explication la plus fascinante: ces ovnis constituent la toute première preuve d’intelligence extraterrestre.

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Un rapport très attendu du Pentagone, publié en juin dernier, ne fournit aucune réponse définitive à l’éternelle question: «Sommes-nous seul·e·s dans l’Univers?», mais ajoute de la crédibilité au débat. N’excluant aucune possibilité, ce document représente un premier pas vers un approfondissement de notre compréhension collective de cette réalité.

L’article du New York Times est venu changer la donne. Toutefois, à l’époque, Trump amorçait la deuxième année de sa présidence erratique, sur fond de rhétorique antimigratoire croissante, de flambée de manifestations contre le racisme et de menace climatique. On comprend donc que les ovnis et la question plus large d’une hypothétique vie extraterrestre n’aient pas frappé l’imaginaire du public, comme l’on aurait pu s’y attendre. Un membre de ma famille, qui travaille pour un parti politique américain, m’a confié que le climat de crise généralisée était peu propice à la spéculation cosmique.

En tant que femme noire musulmane et alliée de nombreuses communautés, je suis particulièrement sensible au contexte politique et social. L’année 2017 semblait annoncer quelque chose de majeur. Ce pressentiment ne m’a pas quittée. La confirmation formelle de la présence d’extraterrestres constituerait sans doute la découverte la plus importante de l’histoire humaine. À terme, un tel changement de paradigme transformerait l’humanité bien plus que la révolution copernicienne, qui a réfuté l’idée que nous nous trouvions au centre de l’Univers. Si le simple fait que la Terre orbite autour du Soleil a pu altérer aussi radicalement notre conception de nous-mêmes, imaginez un instant à quel point l’existence d’extraterrestres éroderait notre sentiment de supériorité et d’exceptionnalisme.

Une vision universelle
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Que les ovnis établissent la réalité d’une vie extraterrestre ou qu’il y ait une explication plus terre à terre derrière ces manifestations, le débat public autour de ces conjectures m’a transformée. Depuis 2017, mes réflexions sur la vie extraterrestre m’ont plongée dans un état d’émerveillement et m’ont ouvert à de nouvelles formes de pensée.

Comme beaucoup, je nourris depuis longtemps une fascination discrète à l’égard de la possible existence d’extraterrestres. Pendant des années, j’ai suivi de près les projets SETI, la plus récente mission de recherche de vie microbienne sur Mars par la NASA, et les pourparlers visant à lancer un astronef sur Vénus ou vers Alpha du Centaure, le système planétaire voisin.

À l’heure où les ovnis gagnent du terrain dans le discours ambiant, je me tourne vers la planétologie, la physique quantique et l’astrobiologie pour m’aider à mesurer l’étendue des possibilités. Les hypothèses sur l’existence d’étranges particules quantiques, qui ouvriraient la voie aux voyages interstellaires rapides, se mêlent dans mon esprit aux spéculations entourant la découverte de planètes habitables. Petit à petit, ma vision anthropocentrique du monde se métamorphose en conception universelle.

Sachant qu’il existe d’autres catégories d’êtres encore inconnues par-delà l’expérience humaine, nous pouvons concevoir plus facilement l’idée de partager une forme de sentience universelle.

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Plutôt que d’envisager le monde comme une dichotomie — «nous» et les «autres» —, j’apprends à embrasser des notions inclusives de diversité cosmique et de pluralité.

Ces changements de perspective s’insinuent au quotidien dans mes discussions familiales. J’explique à ma fille, qui commence à peine à comprendre ce que signifie être humaine, qu’elle fera peut-être partie de la première génération à grandir avec la certitude que nous ne sommes pas seul·e·s dans l’Univers. À mesure qu’il deviendra évident que l’humanité n’a rien de particulièrement exceptionnel, sa génération tournera en dérision nos prétentions géocentriques. Tandis que ma fille m’écoute, je songe à mon humble insignifiance, et je me laisse envahir par une sorte de ravissement cosmique. Certain·e·s se demandent si la confirmation d’une vie extraterrestre transformera véritablement l’humanité. Dans mon cas, le seul fait de l’envisager suffit déjà.

Tendisai Cromwell est une autrice et poète qui explore la foi, la nature, et les subtilités liées à l’identité et au sentiment d’appartenance. Elle travaille actuellement à l’écriture de son premier roman. Elle réside à Tkaronto/Toronto

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