Le bushcraft, ou l’art de vivre en nature

Cet automne, Guillaume Rivest nous donne quelques trucs pour reconnecter avec la forêt, en toute simplicité.

Texte—Guillaume Rivest
Illustrations—Florence Rivest

J’ai la ferme conviction que la nature, ou la relation qui nous unit à elle depuis des millénaires, est inscrite quelque part dans nos gènes. Bien que nous en soyons de plus en plus détaché·e·s, nous sommes plusieurs à ressentir l’appel des bois — et, en réponse, à opter pour la pratique du bushcraft. Ce terme, qui gagne en popularité dans le monde du plein air, est souvent traduit par le mot «survie»; pour ma part, je préfère parler de l’art de vivre en forêt, parce que c’est bien de cela qu’il s’agit.

Connecter avec la nature de la façon la plus simple et la plus authentique possible: voilà comment je définirais le bushcraft. Tout le contraire d’une lutte contre son environnement.

Tweet

Cet article a pour but de vous initier à cet univers particulier — à une période de l’année où la forêt explose de couleurs — en vous proposant trois activités bien utiles: faire un feu, cuisiner sur feu de bois et fabriquer un abri temporaire avec une bâche. Le but ultime, c’est d’apprendre à utiliser ce que la nature nous offre, en ayant recours à un minimum d’outils.

Bien entendu, aucun article écrit en matière de vie en forêt ne remplacera jamais le terrain. Mon intention avouée, c’est de vous pousser à aller jouer dehors et à expérimenter. Après tout, quoi de mieux que la chaleur du feu et le silence des épinettes?

– 1 –

L’art de faire un feu

La première leçon — et, selon moi, la plus importante — concerne l’art de faire un feu avec ce que l’on trouve en forêt. Très utile pour cuisiner, se réchauffer ou encore faire sécher ses vêtements.

Note: Il y aura toujours un oncle ou un beau-père pour rire de vous avec une torche au propane ou de l’huile à moteur. Ne vous laissez pas distraire. 

Équipement essentiel:

  • Allumettes ou briquet
  • Couteau

Équipement optionnel:

  • Hache
  • Petite scie

Étape 1: la préparation

Toutes les fois où j’ai eu de la difficulté à allumer un feu, c’était parce que ma préparation n’était pas adéquate. Avant de commencer, vous devez donc être certain·e·s que tout ce dont vous aurez besoin est prêt. À récolter dans la nature qui vous entoure:

Matière très inflammable (allume-feu)

On cherche un élément qui dégagera rapidement de la chaleur. De l’écorce de bouleau, de l’usnée sèche (qui pousse fréquemment dans les branches de sapin), de la sève de sapin ou encore des éclisses, fabriquées avec votre couteau et du bois sec.

Petites branches, ou brindilles

Elles serviront de sources de chaleur pour embraser de plus gros morceaux de bois. Visez des branches qui ont un diamètre plus petit que celui d’un crayon.

Branches de taille moyenne

Choisissez des branches de la circonférence de votre pouce jusqu’à celle de votre poignet.

Étape 2: la structure

Commencez à monter votre structure verticale. Disposez d’abord votre allume-feu au sol, puis ajoutez-y des brindilles, avant de compléter avec des branches de taille moyenne. Assurez-vous que vous avez du matériel supplémentaire à portée de main, pour le moment où votre flamme sera vivante (et vorace).

Rappelez-vous qu’un feu a besoin de trois éléments pour fonctionner: de la chaleur, de l’oxygène et du carburant (du bois). Si l’un des trois vient à manquer, votre feu s’éteindra.

Truc pratique

N’oubliez pas: la chaleur monte, d’où la nécessité d’une structure verticale. Si vous placez votre allume-feu sur le dessus de votre tas de bois, plutôt qu’en dessous, vous ne réussirez pas à démarrer votre feu. (Ça peut paraitre banal comme conseil, mais vous seriez surpris·es de voir à quel point cette erreur est fréquente!)

Étape 3: l’allumage et l’alimentation du feu

À l’aide d’un briquet ou d’une allumette, mettez le feu à votre allume-feu — et rappelez-vous que c’est un ogre qui a sans cesse faim. Alimentez-le!  Assurez-vous que vos flammes sont toujours en contact avec du bois. Vous pouvez aussi souffler sur les braises pour leur donner de l’oxygène.

Une fois bien vif, votre feu est prêt à prendre des morceaux de bois dont la taille peut aller jusqu’à celle de votre poignet. Si vous avez des buches, c’est aussi le moment de les utiliser (avec parcimonie, si vous voulez que votre feu brule un minimum de temps !). Vous serez ensuite en mesure de vous faire un beau tapis de braise pour la cuisson de votre repas.

À ne pas faire:

  • Choisir un bois trop humide: évitez autant que possible le bois qui est en contact avec le sol. Ne prenez pas non plus de bois vivant; non seulement vous risquez de tuer un organisme, mais le bois vivant contient énormément d’humidité, ce qui fait qu’il sera très difficile à enflammer.
  • Passer trop rapidement du petit bois au plus gros : croyez-le ou non, j’ai déjà vu des gens tenter de mettre le feu directement à une buche avec un briquet. Certes, dans des conditions optimales, la transition du petit bois au plus gros pourrait se faire rapidement. Mais dans des conditions difficiles (froid ou humidité), cette progression lente est absolument essentielle.
  • Sous-alimenter le feu en oxygène: veillez à ce que l’air circule aisément et à ce que la structure soit adéquate. Un feu qui manque d’oxygène dégagera beaucoup de fumée, et les flammes seront peu visibles. Dans ce cas, enlevez un peu de bois ou soufflez sur vos braises.
  • Ne laissez pas trop d’espace entre les différents éléments qui composent votre feu (allume-feu, brindilles, branches); la chaleur risque d’être insuffisante pour que les flammes prennent leur envol.

– 2 –

L’art de cuisiner sur feu de bois

Vous avez maintenant un feu. Après la joie initiale et quelques instants de contemplation, celui-ci est prêt à accueillir votre repas! BESIDE a publié un article à ce sujet, mais pour ceux et celles qui voudraient tenter l’expérience de façon plus artisanale, voici quelques conseils.

Matériel suggéré pour la cuisson:

  • Des gants qui résistent à la chaleur. Incontournables.
  • Un bâton à braises (que vous pouvez «gosser» vous-même au préalable).
  • Des outils de cuisson que vous n’avez pas peur de salir. Ne mettez pas votre beau chaudron de titane dans les flammes; il sera inévitablement noirci. Pour la cuisson sur feu de bois, je privilégie la fonte.
  • Une grille.

À savoir:

  • La braise offre une chaleur beaucoup plus constante qu’une flamme. Je vous conseille donc de cuisiner au-dessus de celle-ci avec une grille. Et n’hésitez pas à tenter votre cuisson directement sur la braise! Personnellement, j’adore me faire cuire un steak de cette façon. Certains légumes, aussi, se révèlent délicieux: les patates douces et les blés d’Inde (que vous devez laisser dans leur pelure), notamment.
  • Tous les types de bois ne sont pas égaux. Les bois francs comme l’érable à sucre dégagent beaucoup plus de chaleur que les résineux comme l’épinette, par exemple.
  • Il est possible d’estimer la chaleur du feu avec sa main. Placez la vôtre vis-à-vis de l’endroit de cuisson, et comptez les secondes avant que cela ne devienne intolérable (sans vous bruler, bien sûr). Règle générale:
    • 1 ou 2 secondes = 500–600 degrés
    • 3-4 secondes = 400-500 degrés
    • 5 secondes = 350 degrés
    • 6 secondes et plus = sous les 300 degrés

– 3 –

L’art de tendre une bâche

Après le feu, l’abri devient rapidement un incontournable pour se protéger des éléments. L’une des choses que j’apporte toujours avec moi, c’est une bâche carrée. Avec la bonne technique, il est possible de trouver refuge en moins de cinq minutes. Voici comment:

  1. Trouvez quatre points d’ancrage (des arbres bien vivants, de préférence) pour votre bâche.
  2. Utilisez des nœuds tendeurs pour appliquer une tension sur chacun des coins de votre bâche. Tendez d’abord deux côtés opposés.
  3. Placez un poteau central sous votre bâche pour ajouter une tension supplémentaire. Vous en trouverez dans les commerces spécialisés; sinon, deux pagaies attachées ensemble pourront faire le travail, tout comme une longue branche sur laquelle vous poserez un tissu. Ce poteau devrait être plus haut que vos points d’ancrage pour assurer un bon écoulement de l’eau en cas de pluie. À cette étape, ne forcez pas trop pour ne pas déchirer votre toile. Et optez pour le poteau le moins pointu possible.

***

Pour aller plus loin:

Guillaume Rivest est un chroniqueur et un journaliste indépendant originaire d’Abitibi-Témiscamingue. Titulaire d’un baccalauréat en politique appliquée et d’une maitrise en environnement, il se passionne pour le plein air et la nature. Il collabore notamment à l’émission Moteur de recherche, sur Ici Radio-Canada Première.

Partagez cet article

Ne manquez jamais un numéro

Deux numéros par année

25% de réduction sur les numéros précédents

Livraison gratuite au Canada

Infolettre

Pour recevoir les dernières nouvelles et parutions, abonnez-vous à notre infolettre.