Chiara Zonca

À la recherche des connexions et des émotions qui naissent dans les lieux isolés.

Photos—Chiara Zonca

Chiara Zonca est une photographe artistique basée dans l’Ouest canadien. Elle cherche à représenter en images les liens qui existent entre les émotions et un environnement donné. Elle convoite les lieux reculés qui lui permettent de plonger en elle-même et documente les moments où la solitude ressentie altère sa perception d’un paysage.

D’où est né ton intérêt pour la photo?

Il est né de mon désir de liberté. À l’époque, je vivais à Londres. J’avais l’impression d’être coincée dans le mode de vie que j’avais choisi dans la vingtaine et qui commençait à me peser. J’avais des envies de voyage et de solitude, et la photo est devenue mon exutoire pour documenter les nouvelles expériences que je vivais.

Sélection de photos issues de la série Moon Kingdom, qui décrit l’expérience surréelle de la solitude que j’ai vécue dans l’Altiplano chilien et bolivien

 

Quelle photo ou quel photographe t’ont le plus influencée?

Richard Misrach, sans aucun doute. Ses photos de l’Ouest américain, la façon qu’il a d’évoquer le sentiment d’isolement et l’impression de temps suspendu n’ont jamais cessé de me fasciner. Les couleurs de ses photos sont parmi les plus belles que j’ai vues. J’ai littéralement envie de vivre dans ses images.

Comment décrirais-tu ton travail? Comment a-t-il évolué depuis que tu as commencé à pratiquer la photo?

Je travaille essentiellement sur la connexion qu’entretient l’humain avec la Terre et sur la façon dont elle se manifeste dans les rêves, les souvenirs et les hallucinations. Je suis aussi très sensible à la notion du temps et au fait qu’on ne perçoit plus son passage lorsqu’on est complètement isolé dans la nature. De mes photos émane une certaine nostalgie; j’essaie toujours de représenter quelque chose qui a été perdu et qui me manque.

Que cherches-tu à capter chez les sujets que tu choisis?

Mon souhait, c’est que mes photos incarnent ce qui se passe dans la tête d’une personne quand elle rêve — ses secrets les plus profonds et les plus sombres.

Si le sujet est un paysage, j’essaie généralement d’immortaliser l’expérience que j’en ai, de créer un instantané des émotions que je ressens dans ce lieu.

Clichés tirés de Magma, un corpus qui vise à montrer comment les éruptions volcaniques du 18e siècle ont modifié pour toujours la topographie de l’ile Lanzarote, dans les Canaries

 

Y a-t-il une histoire ou un lieu qui t’ont particulièrement marquée?

L’histoire de ma plus récente série de photos, que j’ai intitulée She Moves While Earth Sleeps. C’est un projet sur lequel je travaille, mais que je n’ai pu mener à terme cette année. C’est l’histoire d’une femme qui est somnambule. Dans le monde réel, elle est soit coincée dans une relation abusive, dans un emploi ennuyant ou prise au piège par la solitude. Mais quand elle dort, elle est libre, elle vagabonde, elle renonce à exercer tout contrôle. Les clichés dégagent une atmosphère nostalgique qui évoque les années 70 en Californie du Sud. J’ai très hâte de replonger dans cet univers, qui me manque vraiment.

Qu’aimerais-tu communiquer aux gens qui regardent tes photos?

J’aimerais leur dire qu’on a tout à fait le droit de chercher à échapper à la réalité, de se laisser aller et de courir pieds nus dans la nature. Cette connexion avec la nature est bien réelle et on l’a tous en nous, sans exception. Si je peux réussir à éveiller ce sentiment chez ceux et celles qui regardent mes photos, ça me rendrait incroyablement heureuse.

Photos de la série It Devours, qui s’appuie sur l’idée d’une nature duale, à la fois protectrice et dangereuse

 

Sur quoi travailles-tu en ce moment?

La COVID-19 a tout bousculé. En ce moment, je suis à la maison, où j’ai choisi de m’isoler. J’ai la chance de vivre dans un endroit magnifique, sur une ile sauvage située au large de la côte de la Colombie-Britannique. Avoir accès à la nature est très important pour moi. Je me sens incroyablement privilégiée de pouvoir marcher dans la forêt ou d’entrevoir la mer à travers les arbres. J’essaie aussi de me motiver à créer un nouveau projet portant sur ma perception des changements soudains qui se produisent dans nos vies, l’objectif étant de rester positive et d’avoir quelque chose à quoi penser sur le plan créatif.

Vues époustouflantes du lac de Pátzcuaro, dans l’État mexicain du Michoacán

Y a-t-il une cause dont tu aimerais nous parler? Une organisation qui te tient particulièrement à cœur?

J’ai participé à un projet génial intitulé «Not Me, Us», une initiative de Benjamin Lieber et Eric Soucy. Il s’agit d’un livre collaboratif qui réunit des œuvres d’artistes incroyables pour lesquels j’ai beaucoup d’admiration. Tous les profits seront versés à One Fair Wage pour soutenir les personnes directement ou indirectement affectées par la COVID-19.

Exploration du littoral de la Namibie sur pellicule 35 mm

 

Nomme trois comptes Instagram qui t’inspirent plus particulièrement.

1- @newyorkerphoto
2- @ignant
3- @kodak

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Où trouver Chiara?

@shadowontherun / @shadowonfilm / https://chiarazonca.com/

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