Un lundi à la campagne avec Christine Beaulieu

Illustration—Florence Rivest

Christine Beaulieu est née à Pointe-du-Lac. Chaleureuse, perspicace et pleine d’humour, l’actrice et autrice a entre autres écrit et performé la célèbre pièce documentaire J’aime Hydro, dans laquelle elle s’interroge sur la nécessité de construire d’autres barrages hydroélectriques au Québec (et dorénavant offerte sur l’extra de tou.tv). 

Installée dans le sud de la province, Christine a pris une pause de jardinage pour répondre au Questionnaire BESIDE un jour de fine pluie printanière.

Ton plus grand paradoxe.
Je manque toujours de temps et dès que j’en ai, mille et un projets surgissent pour me rappeler que j’en manquerai toujours de temps.

La connaissance ou le savoir-faire que tu aimerais acquérir.
Comprendre davantage les besoins en vitamines et minéraux du corps humain. Connaitre les aliments et les éléments de la nature qui répondent le mieux à mes besoins vitaux afin de réussir à établir une relation plus saine entre mon organisme et ce que je consomme.

Ta meilleure histoire de bois ou ton expérience la plus malaisante en plein air.
C’était un après-midi d’octobre, je m’étais aventurée dans un parc national fermé, sur l’ile de Terre-Neuve, en pleine période de rut. Alors que je marchais à 2 km de la voiture, dans un décor dénudé d’arbres, j’ai entendu les brames les plus épeurants du monde. Un cri d’orignal assez puissant pour faire trembler la terre, qui m’a traversé le corps et m’a tétanisée. Cette immense bête m’a rappelé que j’étais chez elle ― et elle avait raison. Je me suis sentie complètement inadéquate, tout à coup. Aucune de mes qualités ou de mes capacités humaines ne pouvait servir. J’étais démunie.

L’endroit qui te rend le plus heureuse.
Je crois que c’est sur scène, quand, l’espace d’un instant, la communion entre le spectacle et le public est totale.

Ce que la nature évoque pour toi, en un mot.
Vérité.

Des enjeux qui te préoccupent.
La vente des terres agricoles québécoises à des investisseurs étrangers.
Les insectes pollinisateurs menacés.
Le gaspillage énergétique.
L’échec du système de recyclage québécois.
Le pouvoir de l’argent.
Le manque d’amour propre qui mène à la violence.
America First.

L’ingrédient essentiel pour bâtir un avenir durable.
L’efficacité énergétique.

Si c’était à refaire, vivrais-tu ta quarantaine en ville ou à la campagne?
C’est une chance de vivre une quarantaine à la campagne. Courir avec le chien, marcher dans le bois, ramasser les feuilles mortes, flatter le chat, regarder les oiseaux, faire un feu… Toute cette vie n’est pas contaminée, on peut la toucher, la sentir, la manger sans crainte ― elle me réconforte. Je perçois plus de diversité vivante à la campagne qu’en ville.

Un moment ayant suscité un sentiment de gratitude chez toi depuis le début de ta quarantaine.

Je pense aux bulbes et aux graines que j’ai semés sur le terrain. Durant cette quarantaine, je suis heureuse d’avoir pris le temps de libérer mes pousses de tulipes au bon moment, d’avoir nettoyé ma plate-bande d’asperges avant qu’elles ne se pointent le nez et d’avoir enfin déterré le topinambour que j’ai planté il y a trois ans. Je me dis que ces graines et ces bulbes se reproduisent grâce à la terre, comme le virus grâce aux corps humains.

La connaissance générale la plus inutile que tu possèdes.
Je sais qu’un «têtebêche», c’est un timbre imprimé à l’envers.

Et pour terminer, bois-tu assez d’eau?
Jamais assez.

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